Au coeur de la ville

Chaque minute des contes semble volée à la frénésie.
Photo: Cath Langlois Photographe Chaque minute des contes semble volée à la frénésie.

La Vierge folle reprend, pour une quatrième année, sa tradition du temps des Fêtes : Les contes à passer le temps. L’invitation est généreuse et l’atmosphère, dès l’entrée, chaleureuse et conviviale : décorations de Noël, buffet de desserts et boissons chaudes; public placé en quelques rangées qui se font face, devant un espace de jeu long et étroit, constamment baigné d’un éclairage vif; horloge au balancier fantaisiste, nous invitant de son carillon capricieux à suspendre le temps et à savourer chaque minute volée à la frénésie.

La jeune compagnie réunit cette année huit artistes, à la fois auteurs et interprètes, pour la plupart, qui font résonner les voûtes de la Maison Chevalier des échos de la ville. Cinq contes inédits, qu’encadre en ouverture et en clôture du spectacle une très belle légende amérindienne, nous entraînent dans Limoilou, Saint-Sauveur, Montcalm, Saint-Roch, Saint-Jean-Baptiste au fil de récits aux sujets divers et aux tonalités variées. On y rencontre, en plus des animaux de la légende, un mythomane repentant, un père Noël délinquant, un homme qui ne sait pas rêver, une cuisinière et le secret de sa tourtière, une jeune femme fascinée par le feu et les incendies. Autant de personnages à l’apparence banale et au destin particulier, qui nous invitent à partager leurs préoccupations et parfois leurs déboires, mais surtout leur quête.

Les contes apparaissent forcément un peu disparates — c’est le propre de ce genre de soirée —, et d’intérêt inégal. Quelques précisions, ici et là, éclaireraient certains récits; un fil conducteur plus clair, comme ce fut le cas l’an dernier, apporterait à l’ensemble une cohésion qui lui donnerait plus de force. Chaque tableau a cependant ses qualités : l’un frappe par sa richesse thématique, un second, par la solidité de l’écriture, d’autres, enfin, par l’humour irrésistible, par l’énergie ou la précision du jeu. L’ensemble séduit également par la complicité que les comédiens créent avec les spectateurs, et par l’intensité de la parole et de la présence qui captive.

Cette promenade à travers la ville laisse la tête pleine d’images, de visages et de confidences, et réjouit le coeur. Spectacle sans prétention, Les contes à passer le temps prennent des allures de fête et offrent un précieux cadeau : une joyeuse parenthèse où vibre le plaisir de raconter et de se faire raconter des histoires.

Les contes à passer le temps

Textes et interprétation : Marc Auger-Gosselin, Marie-Josée Bastien, Anne-Marie Côté, Sophie Grenier-Héroux, Jacques Lessard, Noémie O’Farrell, Maxime Robin et Érika Soucy. Mise en scène : Maxime Robin. Une production de la Vierge folle en collaboration avec Premier acte, jusqu’au 21 décembre.