André Brassard: la prégnance de l’éphémère


L’artiste, connu pour sa collaboration avec Michel Tremblay, lors du dévoilement de l’exposition
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’artiste, connu pour sa collaboration avec Michel Tremblay, lors du dévoilement de l’exposition

En 1966, à 20 ans à peine, il n’hésitait pas à s’attaquer à Euripide (Les Troyennes) et Genet (Les bonnes) dans des mises en scène avant-gardistes. En 1968, son destin — et celui du théâtre québécois — changeait à l’occasion de la création de la pièce Les Belles-soeurs, de son ami Michel Tremblay. Quarante ans plus tard, toujours actif malgré un accident vasculaire cérébral en 1999, il montait Oh les beaux jours, de Beckett. En 2014, on le retrouve à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), ému à l’occasion du dévoilement de l’exposition Échos, qui lui est consacrée.

C’est Jimmy Lakatos, du studio de création Artificiel, qui a mis en oeuvre le projet. L’idée lui est venue en 2011 pendant qu’il en était à concevoir l’exposition L’Univers de Michel Tremblay, créée à Québec et qui a depuis déménagé ses pénates à la BAnQ. « Revenir sur le travail d’André Brassard, qui est intimement lié à celui de Tremblay, m’est apparu comme une nécessité, explique-t-il. Quant à la perspective d’avoir les deux expositions en parallèle à la BAnQ, elle était irrésistible. Rapidement, je me suis tourné vers Sylvain Schryburt pour le commissariat de l’exposition. »

Professeur au Département de théâtre de l’Université d’Ottawa et spécialiste de la dramaturgie québécoise, Sylvain Schryburt a consulté toutes les archives disponibles, que ce soit au Quat’Sous, au TNM, à la BAnQ, etc. « Il y avait énormément de photos, mais très peu de captations de spectacles, et celles qui existaient n’étaient pas de très bonne qualité, en plus d’être coûteuses d’utilisation, précise Sylvain Schryburt. Privilégier un amalgame d’archives photographiques et de parole vive, soit des témoignages choisis, s’est imposé comme l’avenue la plus pertinente. »

De l’évanescent au concret

Michel Marc Bouchard, dont Brassard a mis en scène Les feluettes ou La répétition d’un drame romantique lors de sa création en 1987, Robert Lepage, qui relate comment la mise en scène de Brassard pour La nuit des rois, l’a incité à s’intéresser à cette discipline, et Élise Guilbault, que Brassard a entre autres dirigée dans Des restes humains non identifiés et la véritable nature de l’amour, en 1991, sont au nombre de ces « échos » qui rendent compte d’une démarche « fondatrice et initiatrice de beaucoup de choses que l’on voit aujourd’hui », dixit Sylvain Schryburt.

« On trouvait essentiel d’avoir la parole actuelle d’André lui-même, précise Jimmy Lakatos. Le Scrabble d’André réalisé par Olivier Choinière nous offre ça. C’est la pièce maîtresse de l’expo. » Inspiré par L’abécédaire de Gilles Deleuze, ce dispositif ingénieux permet, au moyen d’un écran tactile, de sélectionner un mot fétiche du metteur en scène qui livre ensuite pensées, réflexions ou impressions concernant ledit terme. Du coup, la nature évanescente de son travail gagne en concret.

Présent lors du point de presse, André Brassard n’y a pas pris la parole. Trop d’émotions. « C’est beaucoup », a-t-il confié au Devoir. « Je suis assez submergé, en ce moment. C’est beau, je suis ravi. Devant tout ça… j’ai de la difficulté, mais d’une belle façon. »

Échos. André Brassard est présentée à la BAnQ jusqu’au 25 octobre 2015, et L’univers de Michel Tremblay jusqu’au 6 septembre.