Perdus dans l’espace

Il y a bien, durant le périple spatial des trois Robert, quelques pirouettes qui font rire, quelques images qui font sourire, quelques répliques qui font mouche.
Photo: Mathieu Doyon Il y a bien, durant le périple spatial des trois Robert, quelques pirouettes qui font rire, quelques images qui font sourire, quelques répliques qui font mouche.

La compagnie figure, et pour cause, parmi les enfants chéris du public, du milieu et de la critique. C’est qu’en 15 ans, les créateurs du Théâtre de la Pire Espèce ont rarement fait fausse route. Avec des spectacles comme Ubu sur la table et Persée, mais aussi avec une oeuvre plus mystérieuse comme Gestes impies et rites sacrés, Olivier Ducas et Francis Monty sont parvenus à susciter, à force de talent et de détermination, ici comme à l’étranger, un véritable engouement pour le théâtre d’objets.

On aimerait pouvoir écrire que Futur intérieur, leur plus récente création, présente autant de qualités que les productions qui ont précédé. On aimerait aussi pouvoir écrire que l’objet est encore imparfait, incomplet, en chantier, et que quelques étapes additionnelles, quelques réglages ici et là concernant le ton et le rythme suffiront à sauver la mise. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. Le spectacle donné en ce moment aux Écuries est pour ainsi dire sans queue ni tête.

Jusqu’ici, Ducas et Monty étaient parvenus à transposer leur fascination pour la mythologie, l’histoire, l’archéologie ou l’architecture en une aventure remplie d’humour et de beauté. Transcender des passions qui sont souvent ancrées dans l’enfance ou l’adolescence, rendre justice aux images qui surgirent alors, en faire un spectacle qui concerne le plus grand nombre, c’est le défi de taille qu’a toujours su relever la Pire Espèce. Cette fois, c’est tout le contraire : l’engouement des créateurs pour l’espace et la science-fiction ne passe pas la rampe, demeure fâcheusement anecdotique.

Il y a bien, durant le périple spatial des trois Robert, quelques pirouettes qui font rire, quelques images qui font sourire, quelques répliques qui font mouche. Mais de manière générale, l’équipage semble, dans la galaxie comme sur le plateau, errer sans véritable but. On ne peut s’empêcher de se demander pourquoi les parallèles n’ont pas été approfondis entre la conquête de l’espace, les destins de ces trois hommes et la quête existentielle de l’espèce humaine.

Voir Étienne Blanchette, Mathieu Gosselin et Alexandre Leroux faire des pieds et des mains pendant presque deux heures pour donner cohérence à l’entreprise, ce n’est certes pas une expérience agréable. On ne cesse d’espérer que leurs efforts et notre patience finiront par être récompensés. Or les pièces du puzzle ne finissent jamais par s’emboîter. Souhaitons tout de même que la Pire Espèce ait droit à une deuxième sortie dans l’espace.

Futur intérieur

Texte : Olivier Ducas, Mathieu Gosselin et Francis Monty. Mise en scène : Olivier Ducas et Francis Monty. Une production du Théâtre de la Pire Espèce en coproduction avec le Bob Théâtre (France) et le Théâtre de la marionnette à Genève (Suisse). Aux Écuries jusqu’au 13 décembre.