De bien grandes questions

Photo: Alex-Paillon / CC

D’un bout de la ville à l’autre, ce qui n’est pas toujours évident en matière de déplacements, les spectacles se succèdent depuis dimanche dernier au festival Coups de théâtre. Et malgré les approches différentes et la diversité des sujets abordés d’une compagnie à l’autre, une constante se dégage déjà : la profondeur des réflexions proposées aux enfants. Dans la demi-douzaine de spectacles vus jusqu’ici, on n’y échappe pas.

De quoi parle-t-on au juste ? De choses aussi intenses que la mort, la solitude, le vieillissement et la différence. C’est ainsi que Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu, de Philippe Dorin, une des premières phrases du texte énonce qu’il y a déjà une vieille dame qui va mourir dans le corps de toutes les jeunes filles du monde. Ce n’est pas la seule surprise qui vous attend dans ce texte remarquable mis en scène avec autant d’intelligence que d’invention par Éric Jean. C’est un spectacle qui s’adresse aux enfants dès sept ans et qui devrait retenir votre attention lorsqu’il passera près de chez vous.

On pourrait facilement dire la même chose de Les grands-mères mortes de Karine Sauvé, qui travaille ici avec David Paquet et Nicolas Letarte à une sorte de fête des Morts où elle convie des vieilles dames disparues. Le rythme du spectacle qui vise les préados est assez fascinant, et certaines images très audacieuses — comme ce corps dégoulinant lentement d’une chaise — sont vraiment très fortes. C’est une production qui devrait tourner un peu partout à travers le Québec et qui laisse présager des discussions fort animées.

On a vu aussi un des plus récents textes de Simon Boulerice, Tu dois avoir si froid, dans la mise en scène de Serge Marois. Cette production vise un créneau de spectateurs que le dramaturge n’avait pas encore abordé (cinq à huit ans) et malgré quelques fabuleuses fusées poétiques, cela transparaît un peu. Surtout dans le rythme qui n’est pas assez soutenu et qui semble perdre un peu les jeunes spectateurs. Mais vous verrez, il y a là des trouvailles étonnantes sur les couleurs, les formes et les textures.

Histoires fantastiques

Un embouteillage monstre ayant mis fin à tout espoir de voir le plus récent texte de Jasmine Dubé (Papoul, pour les petits dès trois ans), deux productions étrangères viennent boucler ma presque moitié de festival. D’abord une mignonne production espagnole, A mano, où des marionnettes à doigt faites de boules d’argile racontent de petites histoires toutes simples où perce même l’émotion. C’est bien mené, mais on est loin de l’invention de Chübichaï par exemple, que l’on a beaucoup vu ici et qui, avec les mêmes techniques, parvient à mettre en place tout un monde imaginaire. M’enfin…

Terminons ce premier volet avec un des plus beaux spectacles du festival jusqu’ici, Les corbeaux ne se peignent pas de la compagnie mexicaine Los Endebles. On a l’audace de jouer ce conte fantastique en espagnol, sans surtitre, en pariant que le résumé que l’on en fait au début suffira aux enfants pour saisir ce qui se passe. Et ça marche ! Surtout à cause des deux admirables acteurs qui assument plus d’une dizaine de rôles en plus de ceux de la maman et du petit garçon-corbeau… et de la mise en scène claire et lumineuse de Boris Schoemann. Bravo !

À ne pas rater au cours des prochains jours : le Bob Théâtre (Fin de série) à l’Usine C et la Pire espèce (Futur intérieur), aux Écuries.