La leçon

Quatre comédiens, interprétés par Philippe Régnoux, Mohsen El Gharbi, Gaétan Nadeau et Roch Aubert, répètent sous nos yeux un spectacle dédié à Camus, c’est-à-dire à l’homme plus qu’à l’œuvre, au citoyen plus qu’à l’artiste.
Photo: Michael Slobodian Quatre comédiens, interprétés par Philippe Régnoux, Mohsen El Gharbi, Gaétan Nadeau et Roch Aubert, répètent sous nos yeux un spectacle dédié à Camus, c’est-à-dire à l’homme plus qu’à l’œuvre, au citoyen plus qu’à l’artiste.

Depuis 2001, Jean-Marie Papapietro se consacre aux grands auteurs européens du XXe siècle. Certains plus connus, comme Céline, Beckett ou Kafka. D’autres moins, comme Alexandre Vialatte, Robert Pinget ou Georges Brassaï. À cause du répertoire qu’il défend, mais surtout de la rigueur et de la ferveur dont il fait preuve, le metteur en scène joue un rôle essentiel dans notre écologie théâtrale.

Pour rendre hommage à Albert Camus, dont on célébrait l’an dernier le centenaire de naissance, le directeur du Théâtre de Fortune a opté pour une forme éclatée dont il faut admettre que la pertinence n’est jamais établie. Quatre comédiens, interprétés par Roch Aubert, Mohsen El Gharbi, Gaétan Nadeau et Philippe Régnoux, et un metteur en scène, campé par Christophe Rapin, répètent sous nos yeux un spectacle dédié à Camus, c’est-à-dire à l’homme plus qu’à l’oeuvre, au citoyen plus qu’à l’artiste.

On s’interroge sur la position controversée, imprécise et parfois même paradoxale de l’écrivain par rapport à la guerre d’Algérie (1954-1962). L’auteur de L’étranger était-il réactionnaire ? Pacifiste ? Utopiste ? On donne ici au public le rôle d’un arbitre, un juge à qui on soumet des preuves. Bien entendu, cette question délicate est en filigrane de toute l’oeuvre de Camus, vaste critique du totalitarisme, mais elle est aussi bien souvent transcendée par elle, ce que le spectacle est loin de parvenir à accomplir.

Le génie de Camus est de parler de son époque en passant par la révolution russe des Justes ou la Rome antique de Caligula. En ramenant tout aux motivations et aux opinions politiques de l’écrivain, l’approche de Papapietro s’avère tristement réductrice. Ce qui aurait pu devenir le lieu d’un débat savant et émouvant sur les tenants et les aboutissants de l’oeuvre camusienne ne quitte guère le chaos d’une salle de répétition où les points de vue s’opposent sans grande conviction.

Bien que louable, la teneur didactique de l’entreprise est un boulet dont la représentation ne se libère jamais. On se lasse de voir les comédiens scruter des livres, fouiller des dossiers, brandir des fiches ou encore ergoter à propos de tout et de rien. On se désole d’être au théâtre pour regarder une vidéo ou écouter un discours, des documents que les interprètes auraient très bien pu s’approprier. On s’attriste en somme que le legs de Camus n’ait trouvé de porteurs plus inspirés et de véhicule plus inventif. Ce sera pour la prochaine fois.

L’énigme Camus : une passion algérienne

Texte et mise en scène : Jean-Marie Papapietro. Une production du Théâtre de Fortune. À la salle Fred-Barry jusqu’au 29 novembre.