Théâtre contre la frénésie du présent

Le texte de Nécessaire et urgent est une avalanche de questions qui force un temps d’arrêt et de réflexion.
Photo: Hervé Ballamy Le texte de Nécessaire et urgent est une avalanche de questions qui force un temps d’arrêt et de réflexion.

Le paradoxe, c’est aussi ça : une pièce de théâtre composée uniquement de questions, 524 pour être précis, assemblée en une succession de fragments posés sur un fil, dans une forme, finalement, très contemporaine. Sauf que, au lieu d’inspirer la frénésie, d’inviter à la superficialité du « retweet » et de convoquer des « j’aime » détachés et distants, le tout finit par forcer l’arrêt, par imposer un temps de réflexion et de questionnement sur la place du « je » dans le « nous ». Mais pas seulement.

Le lien de cause à effet, en porte-à-faux avec un présent qui le nourrit, n’a sans doute pas été calculé par Annie Zadek auteur de Nécessaire et urgent, création française qui, la semaine prochaine, va prendre l’affiche à Montréal, pour deux soirs seulement, dans le cadre du Festival ActOral qui, lui, prend son envol dès mardi à l’Usine C. « C’est un texte emblématique d’une époque, résume à l’autre bout du fil Hubert Colas, qui met en scène l’objet scénique, mais qui propose d’aller sur un chemin inverse ».

La forme est interrogative. Elle est aussi concise et propose, par une avalanche de questions, d’explorer la condition humaine dans la fragilité de ses angoisses. Les mots s’adressent aux parents de l’auteure issue d’une famille juive au destin tragique et qui, avec ce texte, a décidé de leur poser toutes les questions qu’elle n’avait pas eu le temps de formuler de leur vivant. Il y est question de la mort, du drame, de la vie, du doute, de la douleur d’exister, parfois de la joie…

« C’est une pièce qui touche à toutes ces petites choses que nous n’osons pas interroger, dit le metteur en scène, et qui le fait avec une humanité incroyable, avec émotion au point d’en devenir un objet qui libère de nos oppressions mentales ».

Le projet est ambitieux. Avant de se dévoiler sur une scène, porté par les comédiens Thierry Raynaud et Bénédicte Le Lamer, il a aussi été mis « en boîte » dans une lecture de 59 minutes organisée l’automne dernier par la radio française France Culture. « Quand ce texte est porté et entendu, il libère et lâche le désir de vivre », dit Hubert Colas, le tout sans doute dans une urgence et une nécessité qui finalement demeurent bien de son temps.

La peur en face

Même festival, autre objet, même vocation : avec Kindertotenlieder (traduction libre : chansons aux enfants morts), Gisèle Vienne, exploratrice de l’ambivalence, avance sans doute sur la même route en forçant le spectateur à regarder les angoisses du présent en face. La mort, l’érotisme, la solitude en font partie.

Sur scène, un comédien, quatre danseurs et deux musiciens vont y construire une sorte de météorologie romantique et existentialiste jouant avec l’ambiguïté de la condition humaine, avec ces grands fondements de l’humanité qui effraient, mais attire en même temps. « C’est une beauté poétique, résume la metteure en scène, qui a créé cet univers à Brest, en France, en 2007, avant de lui avoir fait faire le tour de l’Europe du Nord, du Sud et du centre. Le rapport ambivalent des sujets qui nous inquiète me fascine. C’est une façon de saisir notre intériorité, d’animer nos profondeurs et c’est ce que le spectateur va ressentir ».

Avec son écriture « mêlée », dit-elle, s’inspirant autant des poèmes de Rückert que Gustav Mahler a repris dans ses Kindertotenlieder à lui, au début du siècle dernier, mais également son évocation des Perchten, ces composantes du paganisme germano-alpin, la proposition ne manque d’ailleurs pas d’ingrédients pour attiser ce qu’elle explore : la peur et la curiosité de s’y frotter. Mais ça aussi, il est possible de le voir comme un autre paradoxe.

À cheval sur deux continents

Moitié Marseille. Moitié Montréal. Le Festival ActOral se prépare à déployer ici plusieurs créations contemporaines nées dans l’esprit de créateurs français, belges et québécois. Morceaux choisis.

Pourquoi Ève vient-elle chez Adam ce soir? (théâtre): un solitaire dans un bureau laboratoire à l’aube de la mort. Une femme va débarquer chez lui. Dans un tout irréel.

La solidité des choses (musique): Gérald Kurdian propose de construire des images avec des sons et inversement. Il dit : « C’est un concert de chansons d’amour au piano dans un décor de série Z avec une chorale d’hologrammes. »

Une excellente pièce de danse (danse): Loufoque, absurde et décalé… Les qualificatifs convergent sur cette proposition qui cherche à détourner les codes de la représentation pour mieux les révéler. Le tout avec sur scène un musicien et un danseur.