Pastiche biographique

Une mise en scène ludique sert <em>Qui est ce Ionesco?</em>, pièce inégale, mais sympatique.
Photo: Source Théâtre Effet V Une mise en scène ludique sert Qui est ce Ionesco?, pièce inégale, mais sympatique.

Il y a vingt ans exactement, le rideau tombait sur la vie d’Eugène Ionesco. Bonne occasion pour le Théâtre Effet V de reprendre son spectacle, créé en 2011 en hommage au grand auteur franco-roumain, visant à « faire connaître l’homme à travers son oeuvre ». Qui est ce Ionesco ?, qui fut joué en Roumanie, fait revivre l’univers ionescien sous forme d’enquête conduite par un inspecteur (campé par l’auteur, Richard Letendre) auprès de personnages tirés des principales pièces du dramaturge.

Le spectacle évite ainsi grandement le piège de la pièce biographique à la forme conventionnelle. Il tente plutôt d’évoquer l’esprit même de ce théâtre, en misant sur la déformation du langage (les jeux de mots, pas toujours réussis ; la bonne d’origine roumaine qui comprend tout de travers…), ou sur l’éclatement des situations conventionnelles. On s’amusera à reconnaître certaines pièces, telles La cantatrice chauve ou La leçon, dans ces parodies.

C’est dans ces instants-là, quand elle pastiche Ionesco dans sa forme même, quand elle incarne son théâtre plutôt que d’en discuter à travers des dialogues, que la création me semble plus réussie. Puisque la part la plus intéressante des grands artistes, c’est encore leur oeuvre, ces clins d’oeil au filon biographique qu’exploite le spectacle sont préférables à ces tentatives d’expliquer l’écriture d’Ionesco par des éléments psychologiques. Notamment sa relation difficile avec un père autoritaire (qu’on entend en voix hors champ).

Le spectacle contient aussi quelques apartés d’ordre pédagogique, interventions qui fournissent des informations dont on remet en question la nécessité. Mais si le contenu peut être didactique, la forme ne l’est généralement pas, grâce notamment à la mise en scène ludique de Thérèse Perreault. Parmi les éléments réussis de cette sympathique mais inégale entreprise théâtrale, il faut compter la trame sonore signée Jean-Michel Rousseau, la scénographie ornée d’accessoires (des chaises, par exemple…) réduits, une ouverture originale. Et une finale qui nous rappelle, mais toujours à la façon d’un jeu, ce qui est notre lot à tous : l’angoisse devant la finitude. D’où l’humanité du répertoire tragi-comique légué par l’auteur du Roi se meurt.

Par contre, et il n’y a guère de manière charitable de le dire, l’auteur déséquilibre sa propre pièce par la faiblesse de son jeu. Richard Letendre ne semble pas posséder la technique nécessaire pour ce type de théâtre stylisé. Heureusement, Lori Hazine-Poisson et Aliona Munteanu portent davantage le ton ionescien. La première surtout, dont le jeu polyvalent apporte beaucoup à la pièce.

Qui est ce Ionesco ?

Texte : Richard Letendre. Mise en scène : Thérèse Perreault. À la salle Fred-Barry, jusqu’au 18 octobre.