Sombre inventaire

Une scène de la pièce <em>La famille se crée en copulant</em>
Photo: Stéphane Bourgeois Une scène de la pièce La famille se crée en copulant

« Pourquoi, dans ce monde où tout va mal, continuer à faire des enfants ? » Telle est la question au coeur de La famille se crée en copulant, spectacle présentant en trois parties — cabaret, émission de télévision, minipièce — des images de la famille et de la société actuelles.

Relations familiales souvent tordues, publicité, consommation, désengagement et sentiment d’impuissance, sur fond de catastrophes mondiales : tout y passe, en une revue grinçante des misères de notre époque. Le propos de Jacob Wren, à l’évidence, est criant d’actualité ; mais le traitement qu’il en fait en dilue l’intérêt. Sa critique mélange clichés et discours didactique, en une structure embrouillée ; le texte, disons-le, manque de force et demeure en surface, se contentant de réflexions un peu faciles.

La mise en scène de Frédéric Dubois insuffle cependant à la pièce énergie, dynamisme et variété. En résulte un ensemble bigarré, plein d’ironie, alliant parodie, chanson, danse et différents niveaux de jeu.

En première partie, un cabaret, mené rondement par les comédiens et par une Valérie Laroche aux multiples talents, aussi cynique qu’engageante en maîtresse de cérémonie, divertit. L’émission de télévision qui suit, au cours de laquelle on retrouve de nombreux passages de l’essai Le sel de la terre, de Samuel Archibald, offre des réflexions pertinentes qu’accompagne un jeu de miroirs aussi ingénieux qu’évocateur. La minipièce qui clôt le spectacle — les discussions d’une famille et de son locataire, théoricien du complot — présente plusieurs éléments intéressants, dans les échanges et le décor.

Mais on atteint rapidement ses limites : les comédiens se retrouvent confinés dans le dispositif scénique ; le tableau, très narratif, verse finalement dans un discours un peu moralisateur et se conclut dans une facilité déconcertante. La soirée, ainsi, se termine sur une note étrange.

La mise en scène inventive, le talent des comédiens, tous excellents, soulignons-le, et leur interprétation décalée ne suffisent pas à racheter un texte très peu théâtral, assez superficiel et souvent simpliste. Le spectacle laisse perplexe et suscite une curieuse impression d’insatisfaction : avec un sujet aussi intéressant, on s’étonne d’avoir si peu trouvé matière à réflexion.

La famille se crée en copulant

Texte : Jacob Wren, avec des extraits du Sel de la terre de Samuel Archibald. Mise en scène : Frédéric Dubois. Avec Éliot Laprise, Valérie Laroche, Claudiane Ruelland, Réjean Vallée, Isabelle Vincent. Une production du Théâtre des Fonds de tiroirs, en codiffusion avec le Théâtre Périscope. Au Périscope jusqu’au 4 octobre.