Le monologue du pénis

Sur un plateau nu, avec pour seul accessoire son corps, une chaise et une ampoule suspendue, Paul Van Mulder livre les confidences à voix haute d’un danseur nu.
Photo: Karine Cousineau Communications Sur un plateau nu, avec pour seul accessoire son corps, une chaise et une ampoule suspendue, Paul Van Mulder livre les confidences à voix haute d’un danseur nu.

Dans son bouquin Vendredi ou la vie sauvage paru en 1971, Michel Tournier, qui réécrit là le Robinson Crusoé de Defoe, relate cette anecdote : seul au monde, son célèbre naufragé décide parfois de s’enfoncer le corps dans de la boue qu’il a trouvé au fond d’une grotte. Dans cet état, il abandonne une civilité qui lui pèse dans les circonstances et renoue par hallucinations avec son passé, sa famille, son enfance, allant même chercher, dans cette folie enrobée de terre humide, un certain réconfort.

 

Il y a un peu de cela dans La solitude d’un acteur de peep-showavant son entrée en scène, pièce du dramaturge et comédien belge Paul Van Mulder, présentée par lui-même dans la petite salle du sous-sol du théâtre Prospero : un homme seul, une angoisse d’exister, de la boue, de la dignité volée, le tout dans un monologue cru et percutant dont on ne peut ressortir indemne.

 

C’est fatal. Sur un plateau nu, avec pour seul accessoire son corps, une chaise et une ampoule suspendue, Van Mulder y livre les confidences à voix haute d’un danseur nu confronté à la misère et à la tristesse de sa condition. Le ton est calme, les mots simples, mais alignés avec précision pour exposer le vide d’une existence, les humiliations, l’exploitation, le mépris, la marchandisation de l’intimité ou encore la difficulté de trouver sa place dans un cadre social où normes et repères ont été taillés pour d’autres.

 

Dans ce vide scénique, l’ordinaire d’un mal de vivre, dans un univers sexué où la vénalité côtoie salement la bassesse, s’incarne alors très vite, soutenu par un acteur juste en parfaite maîtrise du texte, mais également d’un corps qui expose l’inconfort, l’incapacité à s’affirmer, la violence même qui parfois peut en découler, avec un appel troublant à l’empathie.

 

Toute la misère de la condition humaine finit par prendre forme dans la succession d’anecdotes que le danseur nu pose sur scène avec cette naïveté et cette distance sur sa condition qui donne encore plus de densité à ce monologue, à cet effeuillage forcément moins triste et pathétique que d’autres puisqu’il s’applique ici à l’âme humaine.

La solitude d’un acteur de peep-show avant son entrée en scène

Texte et interprétation : Paul Van Mulder. Théâtre Prospero. Jusqu’au 20 septembre.

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