Un Cyrano qui touche

Luc Bourgeois et Patrice Robitaille font partie de la distribution de la pièce présentée au TNM Cyrano de Bergerac, qui se démarque par la précision de sa mise en scène et la rigueur classique de l’interprétation.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Luc Bourgeois et Patrice Robitaille font partie de la distribution de la pièce présentée au TNM Cyrano de Bergerac, qui se démarque par la précision de sa mise en scène et la rigueur classique de l’interprétation.

Comment dire… Ce Cyrano de Bergerac, actuellement livré sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), dans le cadre du Festival Juste pour rire, est… Il est… très bon. C’est tout ?

 

Avouons-le, pour une critique, c’est un peu court, car, oh Dieu, il est possible de dire bien des choses en somme, en variant le ton. Par exemple, tenez :

 

Étonné : Patrice Robitaille n’est pas seulement capable d’incarner des rôles d’urbain suffisant et plutôt superficiel. Posez-lui une prothèse nasale et il devient ici un Cyrano convaincant donnant même à ce rôle, tout en nuances, le romantisme adolescent, la sensibilité dans la rage d’aimer, qu’il lui faut.

 

Flatteur : Que de luminosité dans la mise en scène Serge Denoncourt qui a méthodiquement évité tous les écueils qu’une telle pièce, lorsque montée dans des environnements un peu trop racoleurs, peut rencontrer. Il respecte l’âme et l’esprit du texte d’Edmond Rostand livré ici sur scène par une étourdissante distribution dans une forme respectueuse de ce classique.

 

Complaisant : Il y a de l’audace dans cette production qui déjoue les préjugés en exposant des figures contemporaines du petit écran (Robitaille en tête, Magalie Lépine-Blondeau en Roxane) dans des contre-emplois et en amenant ce Cyrano dans une certaine modernité non pas, de manière grossière, par le jeu, mais en passant plutôt par l’accessoire, le costume coloré ou décalé — exemple : lors du siège d’Arras, les cadets sont sapés comme des poilus de la guerre 14-18 ! —, sans que cela perturbe le déroulement de ce drame.

 

Respectueux : Pas de trop, pas de lourd, mais un décor, orchestré par Guillaume Lord et Yves Nicol, très brechtien finalement dans sa facture et qui suggère avec élégance et finesse les nombreux tableaux — l’hôtel de Bourgogne, la boulangerie de Ragueneau, le balcon… — dans lequel Cyrano fait résonner ses centaines de vers en alexandrin. Les détails témoignent d’une certaine intelligence. La complexité des changements de lieux est brillamment surmontée.

 

Agacé (toutefois) : Cette musique aurait pu se faire moins grossière. En oscillant entre le générique de Fort Boyard pour les scènes d’action et le sirupeux de l’habillage sonore d’Un homme et son péché — le film — pour les scènes de romance, elle amène ce surlignage de l’émotion dont la redondance, tout en donnant un lustre télévisuel à un endroit où l’on aurait préféré ne pas en voir, finit par devenir contre-productive.

 

Nominatif : Christian, le beau que Cyrano utilise pour parler à la belle, trouve en François-Xavier Dufour une voix, un jeu et un charisme n’arrivant pas totalement à habiter ce personnage de sot transformé en avatar. Le comte de Guiche, par contre, profite d’une rencontre plus que profitable avec le comédien Gabriel Sabourin. Quand à Magalie Lépine-Blondeau, elle est juste, dans l’ensemble et particulièrement dans la scène finale, dont la charge narrative est livrée dans un tout exemplaire par les deux têtes d’affiche.

 

Prévisible : La précision de la mise en scène, l’audace de la distribution, le respect du texte, la rigueur classique de l’interprétation font qu’au-delà d’un récit plus que connu, teinté par de nombreuses interprétations, dont plusieurs remarquables, et ressassé ici comme ailleurs, à la fin de l’envoi, ce Cyrano, eh bien, il touche.

Cyrano de Bergerac

Texte : Edmond Rostand. Mise en scène : Serge Denoncourt. Avec : Patrice Robitaille, Magalie Lépine-Blondeau, François-Xavier Dufour, Frédérick Bouffard, Luc Bourgeois, Samuël Côté, Annette Garant, Frédéric-Antoine Guimond, Agathe Lanctôt, Normand Lévesque, Daniel Parent, Gabriel Sabourin et Lénie Scoffié.

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