Le voyage dans la lune

C’est grâce à la géante Chiffonne, notamment, que Ted parviendra à accepter sa place… dans la lune.
Photo: Théâtre de la Dame de Cœur C’est grâce à la géante Chiffonne, notamment, que Ted parviendra à accepter sa place… dans la lune.

Il y a trente-cinq ans que le Théâtre de la Dame de Coeur produit à Upton, en Montérégie, des spectacles familiaux peuplés de marionnettes géantes. Avec sa nouvelle création, Le plieur d’avions, le metteur en scène Richard Blackburn ose aborder un thème qui n’a rien de consensuel, rien d’estival, et a priori rien de particulièrement réjouissant : l’autisme.

 

Ce spectacle, comme la plupart de ceux qu’a conçus la compagnie, est un hymne à l’imaginaire souverain des enfants. Avec ses adorables créatures, mouffettes, dinosaures ou tortues, les aventures orchestrées par la Dame de Coeur réaffirment le pouvoir salvateur de l’imagination, rappellent que l’art et la création mènent bien souvent vers une forme de guérison, ou à tout le moins de résilience.

 

Atteint de ce qu’on identifie comme un trouble envahissant du développement (TED), le héros du spectacle est un enfant pas comme les autres. Renfermé, parfois agressif, Ted répète sans cesse les mêmes mots, plie et replie constamment d’innombrables feuilles de papier. Pour ses parents, mais aussi pour certains médecins, le garçon est un mystère insondable.

 

Le papier, pour Ted, c’est un langage, un instrument, un rapport au monde, une manière de donner forme à ce qui le réjouit ou le tiraille. C’est ainsi qu’apparaissent sur la scène à 270 degrés une girafe, un lion, un éléphant, un phoque, un perroquet et un rat à la langue bien pendue, mais surtout Chiffonne, une géante dont la colère sera cathartique. C’est grâce à elle, notamment, que Ted parviendra à accepter sa place… dans la lune.

 

En faisant de chacune de ces très belles créatures une porte entrouverte sur un imaginaire fertile, en établissant un riche dialogue visuel entre elles et Ted (qui apparaît ici et là en projections vidéo), le spectacle exprime la nécessité d’envisager l’enfant autiste autrement qu’en termes psychopathologiques, c’est-à-dire comme un être qui capte d’autres ondes et communique différemment.

 

Malheureusement, il y a des aspects de la représentation qui sont moins heureux. Les interventions de Will, un agaçant robot-narrateur, plombent le récit plus qu’elles ne le fédèrent. La présence du clown, alter ego du psychologue américain Howard Buten, ne paraît guère plus fondée. Quant aux séquences vidéo où apparaissent les parents et les médecins, elles sont mal jouées et truffées de lieux communs. Sans ce superflu, le spectacle, qui vole déjà haut, prendrait assurément de l’altitude.

Le plieur d’avions

Mise en scène : Richard Blackburn. Scénarisation : Richard Blackburn, Yves Simard et René Charbonneau. Dialogues : Marilyn Perreault. Au Théâtre de la Dame de Coeur jusqu’au 23 août.