Sus au réel !

L’équipe de la pièce qui ouvrira la saison du Théâtre de Quat’Sous, Opening Night, entoure le directeur artistique Éric Jean (assis, à gauche).
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’équipe de la pièce qui ouvrira la saison du Théâtre de Quat’Sous, Opening Night, entoure le directeur artistique Éric Jean (assis, à gauche).

Décalé, déphasé, singulier : tels sont les termes qui reviennent le plus souvent pour qualifier le contenu de la programmation 2014-2015 du Théâtre de Quat’Sous. Présentée sur le thème « Voir le monde autrement », la prochaine saison concoctée par le directeur artistique Éric Jean en sera une où le réel n’aura plus guère cours, remodelé qu’il sera par des auteurs prompts à la fugue insolite, voire surréaliste.

 

La première des quatre productions maison donnera le ton. Un pari audacieux, Opening Night est l’adaptation du film de John Cassavetes dans lequel une actrice qui refuse de vieillir (Sylvie Drapeau) plonge dans la dépression après avoir été témoin de la mort d’une jeune admiratrice. Si l’on en croit Éric Jean, qui mettra en scène le texte de Fanny Britt, tout l’argument de la programmation tient là.

 

« En 2009, j’ai dirigé Sylvie dans Chambre(s), une oeuvre dans laquelle on questionnait le rapport qu’on entretient avec la fiction en lien avec le travail de l’acteur, qui est en quête de vérité. Ce qui en découlait était le constat qu’à partir du moment où l’acteur est vrai et que le spectateur croit au rôle, sa perception de l’acteur change. Il ne perçoit pas la personne, mais le personnage », note Éric Jean.

 

C’est cette ambiguïté quant à la réalité tangible des choses et des gens qu’entend explorer plus avant le directeur artistique du Quat’Sous. Grâce à un procédé de mise en abîme — une actrice jouant une actrice dans une pièce à l’intérieur de laquelle on répète une pièce ; la vraie salle et la vraie scène se substituant à la salle et à la scène fictives, etc. —, Opening Night constitue un terreau exploratoire idéal. « On a hésité un peu à adapter un film pour le théâtre, mais le contraire est tellement courant… » (du 2 au 27 septembre).

 

La mort, l’amour

 

Récit non plus d’une femme déchirée mais de 400 femmes assassinées, Chaîne de montage, de Suzanne Lebeau, transportera le spectateur à Ciudad Juárez au Mexique dans les maquiladoras, ces usines d’assemblage détenues par des multinationales qui n’embauchent que des femmes. Des femmes qui, en cette zone détenue par d’importants narcotrafiquants, sont retrouvées quotidiennement violées, étranglées et à moitié enterrées. (Avec Linda Laplante. Mise en scène : Gervais Gaudreault. Du 27 octobre au 21 novembre).

 

Sur un ton résolument plus léger mais non dénué de profondeur, l’auteur en résidence Simon Lacroix a écrit une fable philosophico-fantaisiste intitulée Tout ce qui n’est pas sec, et dans laquelle un couple reçoit la visite impromptue d’un inconnu mouillé des pieds à la tête. (Avec Diane Lavallée et Guy Jodoin. Mise en scène : Charles Dauphinais. Du 23 mars au 12 avril.)

 

Enfin, le comédien James Hyndman et l’auteur Stéphane Lépine proposeront avec Éveils romanesques quatre rendez-vous lors desquels Le liseur deBernhard Schlink, Le blé en herbe de Colette, L’année de l’éveil de Charles Juliet, ainsi que Clara, Mademoiselle et le lieutenant anglais d’Anne Hébert, seront revisités sous l’angle de la découverte amoureuse (3 novembre, 8 décembre, 30 mars, 4 mai, respectivement.)

 

« Initialement, le but était de m’entourer d’artistes avec qui je désirais très fort travailler. Le fil conducteur s’est manifesté après la sélection. Ce n’est pas surprenant : tous ces auteurs offrent un regard différent, inattendu, sur la vie. C’est à la base ce qui m’a attiré à eux »,conclut Éric Jean.

Productions invitées

Carte blanche à David Giguère (avec Emmanuel Schwartz), du 2 au 4 octobre

Attentat, du Théâtre [Mo], du 2 au 17 décembre

Auditions ou Me, Myself and I, de La Fabrik, du 20 au 31 janvier

Contractions, d’Aquilon Théâtre, du 16 au 27 février

Le grand cahier, du groupe Bec-de-lièvre, du 27 avril au 8 mai

Moi, dans les ruines rouges du siècle, de Trois tristes tigres, du 19 au 23 mai


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