Fabrique à soldats et abatteurs de murailles aux Chantiers du Carrefour

Dans Blindé, les personnages vêtus de salopettes militaires et de bottes aux pieds comme aux mains offrent des tableaux d’une grande force poétique, pleine de violence et de destruction.
Photo: Andres Montes Cesar Duarte Dans Blindé, les personnages vêtus de salopettes militaires et de bottes aux pieds comme aux mains offrent des tableaux d’une grande force poétique, pleine de violence et de destruction.

En ouverture des Chantiers du Carrefour international de théâtre de Québec, Vicky Côté et sa troupe présentent la deuxième phase d’un projet amorcé lors d’une résidence à Bogotá, en Colombie. Blindé explore la mécanique implacable mise en place pour fabriquer des soldats.

 

La violence implicite des stratégies déployées par les militaires pour décerveler les humains est ici démontée pièce à pièce par quatre comédiens-performeurs, combattants de première ligne. Le travail du Théâtre à bout portant s’appuie sur le corps comme vecteur narratif, la tragédie s’incarnant dans une confrontation physique.

 

Blindé navigue sur des textures empruntées au théâtre et à la performance et soutenues par une dramaturgie sonore créée en direct. Le canevas se développe ici dans les contraintes liées au Parc de l’Université du Québec, avec ses marchesgravées de citations célèbres, reprises d’ailleurs dans le texte de la production.

 

Voici la métamorphose des soldats potentiels. Les idéaux s’écrasent sur les vexations. La résilience prend appui sur un monde intime fait de souvenirs tenaces, de comptines joyeuses, d’évasions de l’esprit. Les personnages vêtus de salopettes militaires et de bottes aux pieds comme aux mains offrent des tableaux d’une grande force poétique, pleine de violence et de destruction.

 

Existences douloureuses

 

Autre scène, celle-ci habitée de huit personnages improbables, investis de tous les maux de l’isolement, du repli sur soi, plus ou moins empêtrés dans des actions passées répréhensibles. Ils semblent vivre en sursis, s’interrogeant sur leurs manies bizarres. Ils vivent autour d’un lac, entourés de forêt, étrangers au monde.

 

Lorsqu’elle annonce qu’elle part travailler sur les bateaux, Élie accélère en quelque sorte la mise à jour de ses voisins. Il y a dans ce petit peuple, qui n’est pas sans rappeler celui de Forêts de Mouawad, de la misère, des obsessions, des meurtres, des animaux tués par morsure d’homme, des êtres tordus, des enfants étouffés par leur mère, bref un cortège d’existences douloureuses à libérer.

 

La langue de Gagnon, parfois efficace, agace néanmoins par sa surenchère de métaphores qui forment une liste sans fin de variations sur le même thème. On s’attendrait à un texte qui soit plus moderne, moins lyrique. Les personnages autant que le sujet de la libération, de l’ouverture sur le monde, me semblent hors temps, comme si on abordait un propos révolu depuis belle lurette, rendant la métaphore moins crédible.

Blindé

Conception : Vicky Côté et Nicolas Letarte. Une production du Théâtre à bout portant. Mercredi 28 mai.

Fendre les lacs

Texte : Steve Gagnon. Production de Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline. Lecture. Mercredi 28 mai.