Les médias tuent

Avec habilité et désinvolture, empruntant l’humour et l’autodérision de Serge Daney — critique français mort en 1992 qui a développé une théorie critique de l’image —, le spectacle La loi du marcheur, présenté dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec, s’appuie sur le cinéma pour interroger le monde, cette grande chose qui dépasse les pays et les vieux tracés géopolitiques colorant les mappemondes du colonialisme.

 

L’interprète du soliloque inspiré de Daney devient le passeur entre le public et l’art, entre l’écran et la scène, entre le monde « vrai » et les univers symboliques. Voilà La loi du marcheur.

 

Cette conférence-fleuve mise en scène avec son complice Éric Didry est un véritable capteur de rêve. La loi du marcheur se déploie en deux lignes entrecroisées qui vont de l’enfance jusqu’au déclin du cinéma, du réalisme aux mythologies, du Train entrant en gare jusqu’à l’Odyssée de l’espace de Kubrick, de l’image aux dérisoires effets visuels que Daney qualifie de perversion, ces mauvaises prises de vue qui nous empêchent de voir ce qu’est le monde.

 

Dans le spectacle, Daney et Bouchaud se confondent. Cette confusion est à l’image du jeu constant entre la scène et l’écran, entre le comédien sur scène et les protagonistes de Rio Bravo, entre nous et le lieu de l’art.

 

Ce fascinant petit spectacle utilise le prétexte du cinéma pour nous faire aimer le théâtre. Il détourne du même souffle le théâtre pour nous faire aimer le cinéma.

 

Sur le ton de la confidence, Bouchaud nous propose des jeux d’enfants en s’insérant dans l’écran pour donner la réplique à Angie Dickinson sur le lipsync de John Wayne, ou pour mimer tous les rôles en temps réel dans la scène initiale où James Dean craque pour un verre de whisky.

 

La loi du marcheur offre un moment de réflexion pétillant sur le cinéma et aussi sur les subterfuges honnis de la télévision. Il faut voir ce petit bijou tout en intelligence et en subtilité, installé dans un espace fluide, à cheval entre la salle, la scène et l’écran.

La loi du marcheur

De et avec : Nicolas Bouchaud. Mise en scène : Éric Didry. Au Périscope du 27 au 29 mai.