Je m’en souviendrai

L’épopée aborde la cohabitation avec les peuples qui partagent notre territoire, les Amérindiens surtout.
Photo: Gilbert Duclos L’épopée aborde la cohabitation avec les peuples qui partagent notre territoire, les Amérindiens surtout.

Sept heures (pauses incluses), ça peut paraître long pour un spectateur. Mais c’est bien peu pour comprimer 400 ans d’histoire. Surtout quand elle est revue à travers la lunette singulière du Nouveau Théâtre Expérimental. L’audacieuse compagnie tient son pari fou grâce à cette trilogie bariolée, piquée de fantaisie, de chansons et d’une certaine poésie. La saga se fait le miroir éclaté et dérisoire d’une nation inachevée, absurde peut-être, mais qui survit, entre des sursauts de révolte et la tentation de faire table rase de son passé.

 

Ici, les figures historiques cohabitent avec les citoyens ordinaires, les grands événements sont souvent évoqués par l’entremise du quotidien : un souper familial au temps du FLQ ou, scène savoureuse, la bataille de la Conquête résumée par une recette indigeste ! Loin d’un récit linéaire, le spectacle se permet des anachronismes et saute allégrement d’une époque à l’autre. Pour ces fluides transitions, le texte d’Alexis Martin a souvent recours à d’astucieux passages entre des scènes historiques et le jeu de personnages plus contemporains qui revisitent le passé, ce qui permet d’aborder aussi la représentation de celui-ci.

 

Outre ses vecteurs principaux (le froid, l’eau et la nourriture), cette épopée parle de langue, de spiritualité et de mythologie, de nature, de cohabitation avec les peuples qui partagent notre territoire, les Amérindiens surtout. Le portrait ratisse très large, d’où l’inégalité de l’ensemble. Le deuxième volet, plus farfelu, s’égare un peu à mi-chemin dans le pastiche, forçant le trait comique et multipliant les registres, dont une parodie (fort drôle, au demeurant) d’opérette.

 

La dernière pièce, Le pain et le vin, se révèle à la fois instructive et jouissive avec ses métaphores culinaires… et Jehane Benoît (savoureuse Danielle Proulx) ! La présence d’un conférencier (l’auteur lui-même) lie cette succession de tableaux sur l’histoire alimentaire, de la communion jusqu’à la dernière taverne, un épique monologue de Gary Boudreault. Toute la distribution s’en donne d’ailleurs à coeur joie, se démultipliant en 80 figures.

 

Car ce voyage à travers le temps est d’abord un périple théâtral dynamique et enjoué, ingénieusement orchestré dans un espace scénographique brillamment fonctionnel, aux effets scéniques simples mais réussis. Une expérience mémorable pour contrecarrer l’amnésie générale.


Collaboratrice

L’Histoire révélée du Canada français, 1608-1998

Texte : Alexis Martin

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