Un parfum de fin du monde

Un vent froid souffle sur la basse-ville en ce 22 mai, soir de première d’Où tu vas quand tu dors en marchant… ?, le spectacle déambulatoire qui marque le début du Carrefour international de théâtre de Québec. On ne s’en plaint pas, remarquez. Cette ambiance apocalyptique s’accorde à merveille aux cinq tableaux représentés.

 

Dans tous les cas, le paysage urbain est investi, transformé. Le plus réussi de ce point de vue est sans doute Insomnie, d’Olivier Normand. Au centre du passage en colimaçon permettant aux véhicules d’accéder au dernier étage du stationnement de la rue Xi’an, des acrobates se meuvent autour d’un piano démesuré. Leurs mouvements exploitent tant la circularité de la scène que sa verticalité : ils dansent, grimpent, tournent et sautent dans cet environnement qui confère à leurs déplacements cohérence et beauté.

 

Les troncs malingres entourés de grillage de La forêt imaginée par Marie-Renée Bourget Harvey convainquent un peu moins. D’ailleurs, si les costumes des personnages de contes de fées qu’on y croise sont magnifiques, les textes plus ou moins « trash » qu’ils nous livrent à tour de rôle finissent par lasser, tant ils sont d’inégale qualité.

 

La sinistre foire imaginée par Anne-Marie Olivier est plus satisfaisante. Alors que La forêt nous obligeait à suivre un parcours déterminé, Mourir tous les jours nous permet d’errer à notre guise dans la cour d’un ancien salon funéraire où des forains aux allures de morts-vivants nous invitent à envisager avec bonne humeur l’éventualité de notre propre trépas.

 

Lorsqu’on a été autant sollicité, Le dernier étage du trio BGL a quelque chose de décevant. Au sommet du stationnement déjà mentionné, on se retrouve devant une « cour à scrap » transformée en fumoir, les silencieux des automobiles faisant office de narguilés. Visuellement saisissant, le tableau souffre d’un manque criant de théâtralité. On fume, on espère l’événement, puis on redescend.

 

Le parquet est sans contredit le tableau le plus riche de la soirée. Au pied du complexe Méduse, des « traders » s’agitent, frénétiques. On voudrait les croire froids et distants, ces manipulateurs de la haute finance. Or, ils apparaissent profondément humains dans la chorégraphie chargée d’émotions proposée par Samuel Matteau. Ils sont comme nous, et c’est peut-être ce qui rend leur aveuglement si inquiétant.
 

Où tu vas quand tu dors en marchant...? par Carrefour international Theatre

Où tu vas quand tu dors en marchant ?

Dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec, jusqu’au 7 juin