Antoine Defoort et Halory Goerger de retour avec Germinal

Sur scène, quatre hurluberlus repartent à neuf en passant, entre autres, par la catégorisation d’à peu près tout ce qui leur passe par la tête.
Photo: ?Bea Borgers Sur scène, quatre hurluberlus repartent à neuf en passant, entre autres, par la catégorisation d’à peu près tout ce qui leur passe par la tête.
En 2012, le public du Festival TransAmériques a découvert Antoine Defoort et 
Halory Goerger avec &&&&& & &&&, un irrésistible objet spectaculaire, une réflexion existentielle des plus loufoques. Pour le tandem, les pratiques des musiciens, des comédiens, des philosophes, des farceurs, des plasticiens et des inventeurs semblent indissociables.

« Bien au contraire, lance Halory Goerger, probablement par esprit de contradiction. Tout me semble dissociable. J’ai bon espoir de construire des formes qui ne seront pas systématiquement l’expression de ce mélange. Antoine et moi n’avons pas encore tenté une forme purement dramatique, par exemple, mais ça n’est pas par inintérêt pour la question. On aime aussi ce qui est pointu, tout plat, tout blanc, tout noir. C’est juste qu’on ne l’a pas encore fait. »

Cultures populaires

Chose certaine, les membres de L’Amicale de production, une compagnie basée à Lille et à Bruxelles, suscitent le rire intelligemment. Ils mélangent le sérieux et le trivial, le tragique et le comique. Ils passent sans cesse du coq à l’âne, puisent dans la théorie pure aussi bien que dans la culture populaire.

« En effet, explique Goerger, vous seriez probablement surpris par le contenu de nos bibliothèques et de nos disques durs ! Je suis touché par la culture savante tout autant que par ce qu’on pourrait appeler la culture populaire. Antoine et moi avons été marqués par une foule de référents culturels, mais j’imagine que, s’il y a une récurrence de culture populaire dans nos réalisations, c’est que celle-ci est simple à réencoder, qu’il est facile de lui donner une nouvelle signification. »

Emprunter à la science-fiction ou aux romans de cape et d’épée, voilà sans contredit l’une des nombreuses stratégies qui étaient à l’œuvre dans le délirant &&&&& & &&&. Il en va autrement avec Germinal, un spectacle créé en 2012, présenté à Avignon l’année suivante et que le tandem s’apprête à donner au FTA et au Carrefour. Hormis le titre, qui est une boutade, un clin d’œil au roman de Zola, Defoort et Goerger ont voulu que l’univers de cette nouvelle réalisation soit aussi peu référentiel que possible.

Comprendre la mécanique

Germinal, c’est une percée dans les entrailles du théâtre, une exploration des rouages de la bête. Dans une entrevue accordée à Diane Jean pour le FTA, le tandem affirme : «Chaque fois que nous décidons de nous colleter à un sujet, quel qu’il soit, nous essayons de réinventer la roue, de nous réapproprier le thème abordé.»

Cette fois, Defoort et Goerger s’amusent carrément à déconstruire les codes du théâtre. Ils démontent la représentation comme d’autres le feraient avec un transistor. « C’est un des mécanismes à l’œuvre dans une bonne partie des pièces qu’on a écrites seuls ou ensemble, précise Goerger. On ne le fait pas par rébellion — ce serait bien fade, et bien vain — mais plutôt par désir de comprendre l’outil. » Sur scène, quatre hurluberlus repartent à neuf en passant par la pantomime, les balbutiements du langage, la vocalisation, le chant et la catégorisation d’à peu près tout ce qui leur tombe entre les mains ou leur passe par la tête.

Le tandem explique ainsi son pari un peu fou dans le dossier préparé par le FTA : « Nous avons imaginé recommencer tout à zéro, organiser un univers fini constitué de seulement quatre personnes sur un plateau de huit mètres par dix. Ces quatre personnes se développeraient selon une logique un peu darwiniste, comme une théorie de l’évolution poussée dans ses derniers retranchements. » Oserez-vous remonter le temps avec eux?


Germinal
Conception et mise en scène : Antoine Defoort et Halory Goerger. Une production de L’Amicale de production. Avec Arnaud Boulogne, Beatriz Setién, Antoine Defoort et Halory Goerger. À la Maison Théâtre, à l’occasion du FTA, du 29 mai au 1er juin. Au Théâtre de la Bordée, à l’occasion du Carrefour, du 4 au 6 juin.

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Les thermes

Du 22 au 27 mai sur l’esplanade Clark, en plein cœur du Quartier des spectacles, on trouvera une piscine contenant 25 000 balles sur lesquelles seront gravées des 
citations de la pensée stoïcienne : « Bientôt tu auras tout oublié », « Accommode-toi aux choses », « Cesse cette agitation de pantin ». Avec Belinda Annaloro, Julien Fournet et Sébastien Vial, Antoine Defoort et Halory Goerger ont imaginé Les thermes, un « jacuzzi de la philosophie », une « oasis de dialectique incongrue ».

L’objectif ? Que des inconnus, soudain complices, brisent l’individualisme, se prennent joyeusement la tête. « La pensée stoïcienne, avec tout le respect que je lui dois, a des travers boy-scout qui la rendent à la fois attachante et irritante, lance Goerger. Elle est, comme toute pensée antique, une pensée de bas niveau, comme on dirait en informatique. Elle a ce côté fondamental et incontournable qui me rend très heureux qu’on ait développé des outils philosophiques plus complexes pour satisfaire nos besoins. » Voilà, l’huile est jetée sur le feu. Maintenant, place à la discussion !

Collaborateur