Plongée dans l’intensité adolescente

Un tragique concours de circonstances, raconté avec brio, nous mène à l’improbable mort d’un cycliste dans Une série de petits détails de Charles-Émile Fecteau.
Photo: Spinprod.com Un tragique concours de circonstances, raconté avec brio, nous mène à l’improbable mort d’un cycliste dans Une série de petits détails de Charles-Émile Fecteau.

On sait le travail en profondeur qu’implique le rendez-vous annuel des Zurbains ; l’édition 2014 ne fait pas exception à la règle en proposant cinq textes de registres fort variés caractérisés par leur intensité. Comme à l’habitude, quatre de ces cinq contes urbains énergiquement mis en scène par Monique Gosselin sont l’oeuvre d’élèves d’écoles secondaires des régions de Montréal et de Québec. Quand on voit la qualité des écritures qui composent le spectacle et la force de certains de ces contes, on se surprend à penser que l’avenir ne sera peut-être pas aussi sombre qu’on le croyait…

 

Sur le mode léger d’abord, Cupidon d’Aja Horvath met en scène un personnage qui investit dans sa carapace de dur pour ne pas avoir à entrer en contact avec les autres et risquer d’être rejeté… par Laurel, par exemple. Mais cette dernière fera appel à l’agence Cupidon.com pour brusquer un peu les choses. Numéro 8 de Tamara Manny-D’Astousillustre aussi toute lacomplexité du sentiment amoureux alors qu’une joueuse de volleyball entre tellement dans sa bulle pour épater son coach qu’elle ne se rend plus compte de ce qu’elle fait. Théorème du petit orteil de Myllie Brousseau-Gauthier est plus complexe. Sur un arrière-fond politique de révolte contre le Contrôle et d’affirmation des différences, on nous raconte une odieuse manifestation de Pouvoir où viol et violence se conjuguent du même souffle. Oufff.

 

Mémoire cachée, le texte de Luc Dumont, l’écrivain professionnel du groupe, résonne aussi fortement du bruit des combats et des fusils alors que l’on apprend à petites touches que l’on ne peut ensevelir la vérité sous le silence. Le tout est lié par une histoire découpée en quatre volets et insérée entre chaque conte : Une série de petits détails de Charles-Émile Fecteau. Ici, au bout du conte, un tragique concours de circonstances, raconté avec brio, nous mène à l’improbable mort d’un cycliste.

 

Partout, dans l’audace de la mise en scène et des sujets abordés comme dans le jeu des comédiens, cette plongée d’une heure trente dans l’incandescence adolescente fait la preuve de la pertinence du théâtre pour ados… encore plus quand ce sont des ados qui l’écrivent. Vivement Les Zurbains 2015 !


Collaborateur

Les Zurbains 2014

Textes : Myllie Brousseau- Gauthier, Charles-Émile Fecteau, Aja Horvath, Tamara Manny-D’Astous et Luc Dumont. Mise en scène : Monique Gosselin. Une production du Théâtre Le Clou présentée. Pour un public adolescent. À la salle Fred-Barry jusqu’au 16 mai.