«Le FTA va demeurer une référence incontournable»

Christian Saint-Pierre Collaboration spéciale
Martin Faucher: «Résister à la logique du plus grand nombre, résister à l’érosion ambiante, s’assurer que le festival reste fidèle à sa vocation première, à ce qui le constitue, c’est probablement ça mon plus grand et mon plus beau défi.»
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Martin Faucher: «Résister à la logique du plus grand nombre, résister à l’érosion ambiante, s’assurer que le festival reste fidèle à sa vocation première, à ce qui le constitue, c’est probablement ça mon plus grand et mon plus beau défi.»

Ce texte fait partie du cahier spécial Festival TransAmériques

«Je fréquente assidûment le FTA depuis la toute première édition en 1985», lance Martin Faucher. Aux yeux du nouveau directeur de l’événement, le FTA a toujours été, pour l’artiste comme pour le spectateur, «le lieu de confrontation par excellence, l’endroit où faire des rencontres qui choquent ou qui séduisent».

« Je suis sorti du cégep de Saint-Hyacinthe en 1982, informe Martin Faucher. J’ai signé ma première mise en scène en 1988, un spectacle qui a été présenté au FTA l’année suivante. À vrai dire, je n’imagine tout simplement pas le milieu théâtral montréalais sans le FTA. »

 

Conseiller artistique au Festival TransAmériques depuis 2006, Martin Faucher, qu’on rencontre alors qu’il est tout juste de retour de Paris et sur le point de s’envoler pour Bruxelles, deviendra codirecteur général et directeur artistique de l’événement international de création contemporaine au terme de la 8e édition, plus exactement le 17 juin 2014.

 

« Diriger le FTA, je n’y ai même jamais rêvé, précise Faucher. Je veux dire que je n’ai pas fait de plan. Je pense que mon parcours m’y a naturellement mené, mais je n’ai jamais agi de manière stratégique. J’ai toujours accompli ce que je croyais essentiel. »

 

Metteur en scène depuis un quart de siècle, président du Conseil québécois du théâtre de 2005 à 2009, enseignant par intermittence à l’École nationale de théâtre, Martin Faucher n’a jamais cessé d’être en prise avec son milieu, mais aussi, et peut-être même surtout, de fréquenter les théâtres, ce que ses semblables ne font pas nécessairement. Selon le nouveau directeur du FTA, cette profonde connaissance de l’activité théâtrale québécoise est plus qu’un atout, elle est essentielle.

 

« Je suis heureux d’avoir commencé tôt à aller au théâtre, révèle Faucher. Ça m’a permis de connaître la pratique québécoise sur plusieurs générations, de posséder des références provenant de plusieurs époques. C’est important d’identifier des lignées, de savoir ce qui nous a précédés, d’être capable de mettre le présent en relation avec le passé, de relier ce qui se fait ici avec ce qui se fait ailleurs. Ces connaissances me servent tous les jours. »

 

Jouer son rôle

 

Mais quelle fonction occupe exactement le FTA selon son nouveau directeur artistique ? Qu’est-ce qui le rend nécessaire ? « En Europe, c’est possible, pour une somme raisonnable, de prendre un train pour aller voir un spectacle important dans une autre ville, dans un autre pays. Chez nous, c’est pas mal moins évident. En ce sens, le FTA joue un rôle crucial, celui d’une bouffée d’air frais. Le Festival permet de rencontrer de grands maîtres, il permet de se reconnaître et de se différencier, de confirmer certaines choses, d’avoir des révélations, en somme de mettre le doigt sur ce qui nous distingue, pour le meilleur et pour le pire. »

 

On ne peut s’empêcher de se demander de quelle manière le nouveau directeur compte imprimer sa marque sur le FTA. Quels sont les rêves qu’il nourrit, les défis qu’il s’attend à rencontrer, les artistes qu’il espère pouvoir accueillir ? « Je m’intéresse à des gens comme Krzysztof Warlikowski, Christoph Marthaler et Krystian Lupa, mais aussi à leurs héritiers. Je suis aussi très attentif à ce qui se passe du côté des pays scandinaves. »

 

« C’est difficile pour moi de vous en dire plus, ajoute Faucher. Étant donné que je ne suis pas encore en poste, c’est un peu abstrait. Ce que je peux vous dire, par contre, c’est que le FTA va demeurer une référence incontournable en matière de diffusion des arts vivants québécois, canadiens et étrangers, et qu’il va le faire en continuant de présenter des spectacles dérangeants et exigeants. »

 

Une forme de résistance

 

Martin Faucher compte tout faire pour « dénicher les moyens financiers et intellectuels de résister à l’appel du pur divertissement ».

 

« Je ne vais absolument pas reculer là-dessus ! Résister à la logique du plus grand nombre, résister à l’érosion ambiante, s’assurer que le festival reste fidèle à sa vocation première, à ce qui le constitue, c’est probablement ça mon plus grand et mon plus beau défi. » On ne s’attendait pas à moins de la part de l’homme. Mais concrètement, qu’est-ce que ça pourrait donner ?

 

Quand on le pousse à formuler un peu plus clairement ce à quoi il rêve, le directeur artistique s’avance un peu. « Je ne sais pas encore si c’est réalisable, mais j’aimerais qu’on puisse accompagner avec un financement plus important les compagnies dont le FTA coproduit les spectacles. J’aimerais travailler dans une plus étroite collaboration avec les diffuseurs de théâtre et de danse montréalais. Et, bien entendu, je veux élargir le public du Festival. Je suis persuadé qu’il y a encore des gens qu’on ne touche pas et qui seraient sensibles à ce qu’on fait. »

 

Une seule et même fonction

 

En terminant, on ne peut s’empêcher de demander à Martin Faucher comment il compte concilier ses nouvelles fonctions avec sa posture de metteur en scène. « C’est simple, si je n’ai pas une pratique artistique personnelle, je vais m’assécher. Pour la prochaine année, je ne signerai pas de mise en scène, le temps que je trouve mes repères au Festival, mais ensuite, c’est certain que je vais faire en sorte de concilier tout ça. »

 

Aux yeux de Faucher, qui aura 52 ans le 16 mai prochain, planifier une programmation, enseigner ou mettre en scène, c’est toujours de la transmission. « Si je travaille si fort à transmettre, c’est que je tiens à être plus qu’un touriste culturel de luxe. Je veux laisser des outils de qualité aux générations suivantes. Après, ce sera à eux de décider si ces outils leur sont utiles ou non. Moi, j’aurai fait ma part. »

 

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