Des artistes témoignent

Martine Letarte Collaboration spéciale
Robert Lepage
Photo: Julie Perreault Robert Lepage

Ce texte fait partie du cahier spécial Festival TransAmériques

En 30 ans, le FTA a eu un impact sur la carrière de nombreux artistes québécois. Plusieurs ont rapidement accepté l’invitation du Devoir d’en témoigner.

Robert Lepage, un fidèle

 

Depuis la Trilogie des dragons, un spectacle d’environ six heures présenté en 1987 et en 1988, Robert Lepage est un fidèle du FTA. Ce n’est pas un hasard. À l’époque, sa petite troupe à Québec recevait fréquemment la visite de Marie-Hélène Falcon, directrice générale et artistique du FTA. « Elle nous a encouragés à terminer nos projets de longue haleine ; nous avions l’ambition, ou la prétention, de faire des spectacles-fleuves à l’époque, et elle nous disait d’aller jusqu’au bout, raconte Robert Lepage, joint à Québec. À ce moment-là, c’était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui de trouver des partenaires pour financer et diffuser nos spectacles. »

 

Il se souvient aussi comment le FTA a influencé le milieu du théâtre québécois en amenant à Montréal de grands metteurs en scène de partout à travers le monde. « On sentait l’influence par la suite dans ce qui se créait au Québec. »

 

Le FTA a continué d’être partenaire d’Ex Machina dans la création de ses projets ambitieux tels que les Plaques tectoniques, présenté en 1990, et les Sept branches de la rivière Ota (1997). « Le FTA nous a aussi donné un contexte de festival qui nous permettait de jouer chez nous ces pièces qui s’adressaient à un public différent et qu’on ne pouvait pas, par exemple, jouer dans les programmations régulières des salles de théâtre. »

 

C’est pour la même raison que Robert Lepage se dit « obsédé » par la réalisation du lieu de diffusion Le Diamant, à Québec, un projet sur lequel il travaille très fort avec l’équipe du Carrefour international de théâtre. « Nous voulons jouer chez nous ! »

 

Peut-on envisager de revoir Robert Lepage au FTA ? « Oui ! Nous sommes partenaires du Carrefour, qui collabore beaucoup avec le FTA, alors cela facilite encore plus les choses. »

 

Sa dernière visite remonte à 2010, où il a présenté Éonnagata avec Sylvie Guillem et Russell Maliphant.
 

 

Christian Lapointe aux côtés des grands

 

En 2007, à 28 ans, Christian Lapointe, de la compagnie de Québec Théâtre Péril, était dans la programmation du FTA aux côtés de Robert Lepage et de l’Italien Romeo Castellucci, figure de proue du théâtre d’avant-garde européen. « C’était énorme pour moi et c’était une reconnaissance comme auteur, metteur en scène et interprète. L’impact a été important.La pièce, C.H.S., a par la suite été sélectionnée pour le Festival d’Avignon. C’est aussi dans cette foulée que Marie-Thérèse Fortin m’a accueilli en résidence pour trois ans au Théâtre d’aujourd’hui et que le Centre national des arts m’a offert une coproduction. »

 

Il constate que le FTA a fait un bon travail d’accompagnement avec lui, sans non plus être trop présent. « C’est important de laisser cheminer les artistes, surtout lorsqu’ils sont jeunes. Si on leur donne tout tout de suite, ils peuvent s’égarer en s’habituant à un confort relatif. »

 

En 2013, une deuxième invitation est venue. L’homme atlantique a été coproduit par le FTA. Christian Lapointe a proposé de présenter également son oeuvre Outrage au public. « Les deux spectacles ont une corrélation, mais c’est très rare que le FTA présente deux productions d’un même artiste. »

 

L’homme atlantique a été présenté aux Francophonies à Limoges l’automne dernier. Christian Lapointe travaille en ce moment comme directeur artistique sur Le Promenoir, un projet d’art multidisciplinaire déambulatoire du Théâtre français du Centre national des arts, à Ottawa. Il sera présenté du 14 au 17 mai.

 

L’élan de Frédérick Gravel

 

Gravel Works a été créé à Tangente en 2008, puis présenté au FTA en 2009. C’est là que la carrière internationale de Frédérick Gravel a démarré. « Au FTA, j’ai rencontré Ron Berry, directeur artistique du festival Fusebox d’Austin, au Texas, où la pièce a été présentée. » Ensuite, il a senti que la porte du FTA lui était ouverte pour réaliser des projets d’envergure. « Avec son virage moitié danse, moitié théâtre, ou forme hybride, je me sens chez moi au FTA, indique Frédérick Gravel, à la fois chorégraphe, metteur en scène, éclairagiste, interprète et musicien. C’est un partenaire de création aussi. Dès l’année suivante, en 2010, nous avons coproduit Tout se pète la gueule, chérie. Être accoté par une direction artistique comme celle-là m’a donné confiance en mes moyens. Ça m’a donné un bon élan. »

 

Puis, Frédérick Gravel a créé Usually Beauty Fails pour Danse Danse. Le spectacle entreprend maintenant une tournée en Europe.

 

L’an dernier, il est revenu au FTA pour Ainsi parlait… avec l’auteur Étienne Lepage. Le spectacle a été traduit et il sera présenté à Toronto en août, avant de partir en tournée en Europe.

 

En parallèle, Frédérick Gravel travaille sur de nouvelles créations. Il précise qu’un retour au FTA est dans ses plans.
 

Marie Brassard ou grandir avec le FTA

 

La première fois que Marie Brassard a participé au FTA, c’était en 1987 avec Robert Lepage pour présenter la Trilogie des dragons. Puis il y a eu le Cycle Shakespeare et les Sept branches de la rivière Ota. En 2001, elle a fondé sa compagnie Infrarouge et Marie-Hélène Falcon a continué de soutenir son travail. « Elle et ses collègues du festival sont devenus pour moi des partenaires essentiels. Ils ont coproduit et présenté toutes mes créations, de Jimmy, créature de rêve à Trieste [2013]. Grâce à leur soutien, ce que je fais a été apprécié et diffusé depuis dans plus d’une vingtaine de pays à travers le monde. »

 

La programmation du FTA lui a aussi fait vivre d’émouvantes découvertes artistiques. « Chaque édition du festival a favorisé l’ouverture de mon esprit et enrichi mon savoir. Ces moments inoubliables et les rencontres précieuses que le festival m’a permis de faire ont changé le cours de ma vie et coloré ma vision de l’art scénique. »

 

L’oxygène de Denis Marleau

 

« Le FTA est arrivé comme une belle bouffée d’oxygène dans le Montréal des années quatre-vingt, où il n’y avait ni festival pour la scène théâtrale d’ici et d’ailleurs, ni aucune institution qui programmait régulièrement des spectacles étrangers. Marie-Hélène Falcon a véritablement transformé notre paysage culturel non seulement en l’inscrivant dans la perspective beaucoup plus ample des Amériques, mais aussi en faisant de Montréal un lieu d’échanges, de brassages et de confrontation avec les artistes de partout ailleurs », a rédigé Denis Marleau, metteur en scène et directeur de la compagnie de création UBU.

 

Il se considère grandement privilégié d’avoir été choisi par Marie-Hélène Falcon. « Son engagement, sa confiance et ses incitations à la création ont donné accès aux scènes internationales à mon propre travail comme elles ont amené les scènes d’ailleurs au spectateur d’ici. »

 

Propos recueillis par Martine Letarte, collaboratrice

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