La jeune fille et la mort

Scratch est l’histoire d’Anna (très juste Émilie Cormier), une adolescente confrontée à l’agonie de sa mère (lumineuse Monique Spaziani) en même temps qu’à une infestation de poux.
Photo: Jérémie Battaglia Scratch est l’histoire d’Anna (très juste Émilie Cormier), une adolescente confrontée à l’agonie de sa mère (lumineuse Monique Spaziani) en même temps qu’à une infestation de poux.

La Canadienne Charlotte Corbeil-Coleman a amorcé l’écriture de Scratch à l’âge de 16 ans, alors qu’elle venait à peine de perdre sa mère. Et sa pièce garde en effet les traces d’une énergie adolescente. Une certaine vivacité juvénile, une rébellion contre la mort et les conventions. Une légèreté émerge aussi de ce texte au thème grave, qui traite à la fois de la fin d’une vie et de l’adieu à l’enfance.

 

Cette histoire déclinée à plusieurs voix rappelle avec finesse qu’il y a plusieurs points de vue concurrents dans un récit, et autant de façons de le raconter. Mais Scratch est d’abord l’histoire d’Anna (très juste Émilie Cormier). Une adolescente de 15 ans confrontée à l’agonie de sa mère (lumineuse Monique Spaziani) en même temps qu’à une infestation particulièrement tenace de… poux. Un symbole très concret de l’impasse dans laquelle l’ado s’entête. Sur scène, ça se traduit aussi par les courses effrénées de la jeune fille qui vient se buter à répétition contre le mur du fond de la scène. Une scène divisée en deux, où la moitié gauche sert d’abord d’antichambre où attendent les autres personnages quand ils ne sont pas dans l’action, avant de devenir la chambre de la mourante.

 

« On juge tous le deuil des autres. » Chacun des personnages de Scratch vit cette épreuve à sa manière. À commencer par Anna qui refuse de se plier aux conventions sociales, avec sa réticence à visiter sa mère à l’hôpital et la crise hormonale (lire : un désir sexuel pressant) qui la tourmente. Comment accepter la mort lorsque la vie bouillonne autant en soi ? Sa meilleure amie (délicieuse Marie-Ève Milot) a l’impression au contraire d’être trop émotionnellement affectée par la perspective d’un décès qui ne la concerne pas directement, comme si elle usurpait le deuil d’autrui.

 

Quant au poète (Robin-Joël Cool) embauché pour aider la malade, il utilise sa souffrance pour composer de (mauvais) vers… La dramaturge pose un regard affectueusement moqueur sur le milieu artistique dans lequel Anna grandit. Un monde plutôt bohème et désorganisé, qui favorise les recettes alternatives pour soigner, le cancer comme les poux…

 

À travers une traduction qui sonne juste, et grâce à la mise en scène souple, légère de Sébastien David, Scratch nous fait donc découvrir une jolie plume, pétrie de poésie et d’humour. Une écriture servie par une narration vive comprimant le temps et enchaînant rapidement les scènes brèves. Si le texte semble un peu s’essouffler à mi-parcours, l’introduction et la finale sont particulièrement réussies.


Collaboratrice

Scratch

Texte : Charlotte Corbeil- Coleman. Traduction et mise en scène : Sébastien David. Production : La Bataille. À La Petite Licorne, jusqu’au 2 mai.

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