Perdu entre une soupe de nouilles et un biscuit chinois

Le grotesque est parfaitement incarné dans Le dragon d’or.
Photo: Marc-André Goulet Le grotesque est parfaitement incarné dans Le dragon d’or.

Soyons fragmentés, mais essayons de ne pas être décousus puisque c’est un peu ce dont il est question dans Le dragon d’or, pièce qui vient de prendre l’affiche au théâtre Prospero à Montréal. C’est un Allemand qui a écrit le texte. Mireille Camier signe la mise en scène de cette traduction française.

 

En entrant dans la salle, on entre un peu dans le coeur du restaurant chinois, thaï, vietnamien Le dragon d’or, où l’action se joue en partie. Le décor est aussi minimaliste que confus. Volontairement. Il permet de se promener dans l’établissement, sa salle, ses cuisines minuscules où un quintette de Chinois trime. Il donne aussi accès, par l’entremise d’une table, d’une lampe sur pied ou d’un éclairage au néon, aux étages supérieurs de l’immeuble où le boui-boui a élu domicile. On y trouve un couple qui se sépare, deux hôtesses de l’air, le propriétaire d’un dépanneur. En gros.

 

Parfois, ça sonne à la porte, située à l’arrière-scène. De la nourriture chinoise, authentique, est livrée. L’interruption de service dramaturgique trouve très bien sa place dans une trame narrative qui, dès le départ, cherche à déstabiliser le spectateur en allant le chercher derrière son 4e mur. On a l’impression d’être devant — et dans — un objet scénique organique qui prend forme et vie dans l’instant.

 

Retour sur l’auteur : Roland Schimmelpfennig a été journaliste avant de devenir dramaturge. Avec une sensibilité sociale évidente. Son texte explore le thème de l’exploitation de l’autre, particulièrement lorsqu’il est en situation de faiblesse. Le chemin emprunté est un peu surréaliste, avec une histoire de dent creuse et une taxinomie des plats au menu dans le restaurant et qui sert de lien, plus ou moins, entre tous les fragments composant cette pièce. Jeudi soir dans la salle, un jeune spectateur mangeait une poutine pendant le spectacle, comme s’il était dans son salon. Il ne faisait pas partie de la distribution toutefois.

 

Le spectateur est promené d’un fragment à un autre avec un naturel déconcertant, mais aussi un jeu mis en relief par les comédiens. Ici, en improvisant un costume d’hôtesse de l’air avec des chapeaux en papier et du ruban adhésif, là en mettant des hommes dans des rôles de femme. Et inversement.

 

Le grotesque est parfaitement incarné. Mais au final, son côté divertissant va prendre le dessus, relayant la réflexion de fond sur la quête difficile d’un avenir meilleur, sur l’injustice, sur la solitude, sur l’abus ou le mépris en filigrane de cette production. Une production qui, essayant de faire croire à son public qu’elle se perd, finit par lui transmettre ce sentiment.

Le Dragon d’or

Texte : Roland Schimmelpfennig. Mise en scène : Mireille Camier. Avec : François-Olivier Aubut, Jean Antoine Charest, Carmen Ferlan, Amélie Langlais et Luc Morissette. Au théâtre Prospero jusqu’au 26 avril.