Construction bancale

Un couple (Pascale Montpetit et Daniel Parent) survit dans les ruines qu’a laissées une dévastation indéterminée.
Photo: Anne-Flore Rochambeau Un couple (Pascale Montpetit et Daniel Parent) survit dans les ruines qu’a laissées une dévastation indéterminée.

Rarement univers post-apocalyptique aura paru aussi soigné et joli que celui-ci. Disons qu’avec cette esthétique lisse, on est loin des visions cauchemardesques et chaotiques habituelles, ou même du monde glauque que proposait Denis Lavalou plus tôt cette saison dans Le souffleur de verre. Le thème de « l’architecture de la paix », soit les principes guidant la reconstruction de lieux décimés par des conflits en vue d’une guérison, semble passionnant sur le plan théorique. Mais dans cette création de Pigeons international, elle ne se traduit malheureusement pas par une oeuvre scénique probante.

 

Un couple (les autrement talentueux Pascale Montpetit et Daniel Parent) survit dans les ruines qu’a laissées une dévastation indéterminée. On croit comprendre que le fils (Philippe Thibault-Denis) est mort, mais son fantôme erre toujours, de même que celui de l’amoureuse (Ana Brandão) qu’il avait rencontrée sur une plage après le couvre-feu.

 

La mémoire des deux survivants semble aussi décimée que leur univers. Dans ce texte en fragments où les temps se mêlent, ils tentent de la reconstruire par la parole. Et de rebâtir une maison, une société, une entente de rêve, sur les décombres de l’ancien monde destructeur.

 

Si on excepte peut-être quelques inventaires que la pièce dresse du monde disparu, la belle plume d’Évelyne de la Chenelière semble ici dépouillée de presque tout son caractère incisif. Quant à la chorégraphie, même si ce n’est pas ma spécialité, disons qu’elle m’a paru franchement minimale. On est peu impressionnés par ces images d’enlacements ébauchés sur un arrière-plan musical sentimental…

 

Les contributions live de l’instrumentiste Carlos Mil-Homens sont plus heureuses. Le spectacle affiche par ailleurs une esthétique séduisante : un décor d’une chaude couleur sable, composé de cases d’osier et de tapis de paille qu’on déroule sur le sol. Un paysage plus balnéaire qu’apocalyptique. Ajoutez de joyeux pépiements d’oiseaux en fond sonore…

 

Le problème, c’est que rien, ou presque, ne ressort vraiment de ce spectacle qui manque d’aspérités. Peu d’émotion s’en dégage. Faut-il en conclure que la paix et l’harmonie, ce n’est pas très porteur sur une scène ?

 

Malgré un thème alléchant, la nouvelle création de Pigeons international tourne à vide.


Collaboratrice

L’architecture

Conception et mise en scène : Paula de Vasconcelos. Texte : Évelyne de la Chenelière. Production : Pigeons international et Teatro São Luiz. À l’Espace Go, jusqu’au 22 mars.

de la paix

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