Théâtre - Un autre Dumas réussi

Les Trois Mousquetaires, présentés au Théâtre Denise-Pelletier en 2001, furent un succès. Voilà qui crée certes de l'enthousiasme, mais aussi d'inéluctables attentes quant à l'adaptation théâtrale du Comte de Monte-Cristo. Considérant l'ampleur du roman, il était inévitable d'élaguer frénétiquement pour arriver à faire tenir le récit à l'intérieur de deux pièces d'une durée de deux à trois heures chacune. Or le pari est remporté. Le résultat: un théâtre d'aventure dont le rythme effréné n'empêche pas le spectateur de s'attacher aux personnages, de bien comprendre les enjeux du texte et de savourer de certaines répliques cocasses subtilement glissées dans l'oeuvre de Dumas.

Ce classique apprivoisé est la production idéale pour les premiers pas théâtraux des adolescents. Pas de doute, le jeune public en redemandera; il sera alors temps de lui présenter des projets qui vont davantage en profondeur ou des pièces un peu plus ardues. Il s'agit donc d'un fin geste stratégique de la part du TDP. Pourrait-on supposer que le fait de ne pas programmer la suite des aventures de Dantès dans la même saison théâtrale relève aussi d'une stratégie visant à guider les jeunes vers l'art? En effet, il est permis d'espérer qu'à la sortie de la pièce, les étudiants, plutôt que d'attendre plusieurs mois avant de connaître la suite de l'histoire, iront lire le roman..

Cela dit, Edmond Dantès ne s'adresse pas qu'aux jeunes et peut être apprécié de tout spectateur friand d'action. Bien sûr, le récit va à l'essentiel et carbure à la vitesse et aux raccourcis par opposition au roman de Dumas, mais si le spectateur accepte d'emblée le fait que d'assister à cette pièce soit une expérience foncièrement différente de celle consistant à lire l'oeuvre originale, il passera une très agréable soirée. Les jeunes comédiens qui forment la distribution sont énergiques et justes, sans compter que la mise en scène de Robert Bellefeuille sait les rendre sympathiques aux yeux du public.

C'est qu'Edmond Dantès est livré de manière directe au public. Différents personnages s'adressent, à divers moments, à l'auditoire afin de raconter une partie de l'histoire, de situer le contexte historique ou encore d'exprimer leurs sentiments face à certaines situations. Tout cela se fait le plus harmonieusement du monde et les éclairages de Nicolas Descôteaux dirigent habilement le regard du spectateur. Ajoutons que l'environnement sonore de Louise Beaudoin, qu'il s'agisse de musique en bonne et due forme ou encore de bruits qui soulignent le caractère critique de certains moments, s'avère impeccable. Le décor, un grand bateau dont la cale sert à représenter la prison d'If, est aussi tout à fait efficace.

C'est donc une production très réussie que cet Edmond Dantès. D'aucuns lui reprocheront sans doute sa vive allure et ses coupes draconiennes, mais il faudra demander à ceux-là la manière appropriée d'adapter à la scène une oeuvre littéraire de l'ampleur du Comte de Monte-Cristo. S'il est un temps pour l'introspection et la contemplation, au théâtre, pourquoi n'y en aurait-il pas un aussi pour l'action? Qui plus est, le questionnement soulevé quant à la légitimité de la vengeance, même peu approfondi, ne peut être qualifié de négligeable.