Pamphlet ludique, mais brouillon

Pleine d’énergie et de présence, Holly Gauthier-Frankel tient le fort pendant 90 minutes.
Photo: Lucetg.com Pleine d’énergie et de présence, Holly Gauthier-Frankel tient le fort pendant 90 minutes.

Motherhouse consacre le retour de David Fennario sur la scène du Centaur, près de dix ans après Condoville. Premier constat : le dramaturge anglo-montréalais n’a rien perdu de son militantisme de gauche. Ce show pacifiste s’amorce par un concert de casseroles évoquant les manifs étudiantes, avant de remonter jusqu’à la Première Guerre mondiale.

 

À travers le soliloque d’une ouvrière qui a traversé le siècle, le texte raconte la vie d’un quartier particulièrement éprouvé par les hostilités : c’est Verdun qui perdit le plus de jeunes hommes au front dans tout le Canada. La ville contribua aussi à l’effort de guerre d’une autre manière : 4000 femmes furent employées à la British Munitions Company pour assembler des obus, certaines au prix de leur vie. La propre mère de Fennario y a travaillé durant la guerre suivante.

 

Malheureusement, au lieu de se concentrer sur cet épisode historique méconnu, une matière riche a priori, l’auteur a écrit un texte échevelé, plutôt brouillon, qui s’éparpille allégrement, ajoutant aux luttes ouvrières ou à la grève contre la conscription des allusions à la Loi sur les mesures de guerre, aux carrés rouges et au règne des « condominiums ». Le fil rouge qui relie ces événements est assez lâche. Et tout est trop effleuré, esquissé rapidement pour laisser une impression forte.

 

Le sympathique et imagé spectacle mis en scène par Jeremy Taylor (Mon frère est enceinte) ne manque pourtant pas de ludisme. Même si on peut parfois être agacé par le caractère naïf, voire un peu juvénile de l’humour.

 

Ce pamphlet engagé emprunte une forme qu’on pourrait qualifier de brechtienne : un quasi-monologue qui intègre des chansons et s’adresse directement à un public dont la participation est clairement sollicitée. Le soir de la première, celui-ci semblait trop heureux de se prêter au jeu. Si certaines références culturelles m’ont échappé, la pièce qui brosse un portrait du contexte linguistique et social de Verdun ménage une place non négligeable au français. Une violoneuse (Bernadette Fortin) et deux comédiennes bilingues (Delphine Bienvenu et Stephanie McKenna) soutiennent d’ailleurs l’interprète principale.

 

Pleine d’énergie et de présence, dotée d’une bonne voix, Holly Gauthier-Frankel tient le fort pendant 90 minutes, mitraillant souvent sa partition à vive allure. Un défi en soi. Et notez qu’elle réussit sans peine à faire chanter en français les spectateurs du Centaur…

Motherhouse

Texte : David Fennario. Mise en scène : Jeremy Taylor, assisté de David Fennario. Au théâtre Centaur jusqu’au 23 mars.