Sortir de l’enfance

Scène de la pièce Pig
Photo: Julie Artacho Scène de la pièce Pig

Près de dix ans que Simon Boulerice s’affaire à traduire les tourments et les illuminations de l’enfance. Sa nouvelle pièce, tout en prolongeant ses obsessions, présente d’indéniables signes de maturité, notamment dans la construction des personnages adultes. L’auteur de Qu’est-ce qui reste de Marie Stella ? et de Martine à la plage nous donne certainement, avec Pig,le plus étoffé et le plus nuancé de ses textes de théâtre.

 

Gaétan Paré, à qui l’auteur, le plus souvent metteur en scène de ses propres textes, a accepté cette fois de passer le flambeau, signe un spectacle drôle, poignant, mystérieux et même angoissant, notamment grâce aux éclairages et à la musique. La réussite est fondée sur une direction d’acteurs impeccable et une adroite utilisation de l’espace exigu de la salle intime du Prospero.

 

Les dialogues présentent de savoureux contrastes. On oscille constamment entre la comédie et le drame. On flirte avec la tragédie. On sent poindre l’horreur. Il arrive même qu’apparaissent ici et là quelques touches de fantastique. Et que dire de la construction ? C’est une ingénieuse recomposition des événements qui se déploie sous nos yeux, un chapelet d’indices et de motifs récurrents qui captive jusqu’à la toute dernière scène.

 

Au centre de l’intrigue, on trouve Paul, un garçon de neuf ans qui ne jure que par les robes de muses, bien plus belles que celles des princesses, et les bagues d’émotions, qui changent de couleur suivant l’humeur. Dans le rôle de l’enfant, Gabriel Szabo est d’une impressionnante justesse. Loin de toute caricature, il exprime toute la candeur, l’hypersensibilité, mais aussi la vive intelligence de son personnage.

 

Paul a deux mamans. Marie Charlebois est très émouvante dans le rôle de Claire, la rabat-joie, une mère aimante, mais profondément troublée par le comportement « féminin » de son fils. L’homophobie d’une mère elle-même homosexuelle, voilà un sujet passionnant que Boulerice ose aborder et de surcroît avec beaucoup de doigté. Dans la peau de Phoebe, la mère permissive, la fofolle, celle qui ne voit aucune raison d’empêcher Paul de porter une jaquette, Violette Chauveau est hilarante, mais également bouleversante quand il le faut.

 

L’arrivée de Sunny, un gardien d’enfants que Philippe Robert rend inquiétant à souhait, fait office d’élément perturbateur. L’étrange personnage, fasciné par les premiers films de Polanski, tisse avec Paul une relation pour le moins ambiguë. Sous sa garde, le soir de l’Halloween, le jeune héros, costumé en cochonnet, disparaît dans la nuit noire.

 

L’auteur en profite alors pour brouiller les cartes, télescoper les récits. On ne peut que s’incliner devant la manière dont il relie les thèmes de l’homoparentalité, de la religion, de la marginalité, de la criminalité et de l’embourgeoisement dans une finale qui a le grand mérite de ne pas donner toutes les réponses.


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