Théâtre - Renouveau dans la continuité

Une fraîcheur nouvelle est injectée cette année à la créature d’Urbi et Orbi, dont la nouvelle version est portée par sa distribution. Ci-dessus, le comédien Hubert Lemire.
Photo: Urbi et Orbi Une fraîcheur nouvelle est injectée cette année à la créature d’Urbi et Orbi, dont la nouvelle version est portée par sa distribution. Ci-dessus, le comédien Hubert Lemire.

Un vent de jeunesse et de renouveau souffle sur les vénérables Contes urbains. Auteurs « émergents », nouvel aménagement convivial de la salle. Même les intermèdes musicaux ont été repensés. Finis les airs jazzés : Viviane Audet et Robin-Joël Cool offrent un cocktail de propositions originales, bien qu’inégales, dont une chanson à répondre et un duel de banjos évoquant Delivrance…

 

À l’arrivée, la relève n’est pourtant pas en rupture avec la forme traditionnelle de ce genre éprouvé. En fait, ce qui frappe dans cette fournée « Y », généralement réussie, c’est que plusieurs auteurs y portent un regard sur l’histoire, sur l’héritage préservé — ou pas — de nos traditions, et s’interrogent sur la persistance du passé dans le présent.


Le réconfort de la tradition

 

C’est patent dès le premier conte — probablement le moins marquant du lot —, aux accents mythologiques, qui remonte aux origines de Ville-Marie. Et même dans le récit d’Olivier Sylvestre, très ancré dans l’époque actuelle, celle des amours jetables et des contacts par « app » téléphoniques, le narrateur (attachant Hubert Lemire) cherche réconfort dans les recettes traditionnelles, et les conseils, de sa grand-mère.

 

Pour sa part, Sébastien David examine les traces de catholicisme qui subsistent dans notre société, comme une « tache qui ne part pas ». On s’amuse beaucoup devant les tribulations du narrateur (excellent Mathieu Gosselin), qui accompagne son ami encore dans le placard au réveillon familial.

 

Rébecca Déraspe va plus loin en revisitant des symboles catholiques, comme la nativité et le chemin de croix, dans la Petite-Patrie d’aujourd’hui. Son regard inventif et baigné de dérision sur la maternité, l’un des clous de la soirée, fait décoller le réel d’hilarante façon, grâce aussi à une Catherine Trudeau déchaînée. C’est plutôt l’ombre de la paternité qui point dans l’habile récit digressif de Martin Bellemare. Coïncidence ? Les trois premiers contes de cette édition 2013 — elle-même une expérience de passation… artistique — parlent tous d’ascendance, de filiation, de fertilité.

 

« Notre histoire mérite qu’on la raconte », décrète Annick Lefebvre dans Ce qui dépasse. Mi-rétrospective de l’année, mi-diatribe, son texte s’écarte de la forme du conte. Un poignant in memoriam y cohabite avec une charge contre notre « désintérêt pour ce qui nous précède », notre amnésie. Un monologue fourre-tout mais fort, avec du souffle, que porte sans faiblir Marie-Ève Milot. Un coup dans le plexus.

 

On est loin des contes plus anecdotiques qui plombaient ces dernières années. La créature d’Urbi et Orbi avait bien besoin de cette injection de fraîcheur.

 


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