Spectacle - Des tirs tous azimuts, qui ratent parfois la cible

Saluons le retour de certaines compositions devenues au fil des éditions de véritables classiques : on pense à la Céline Dion de la formidable Véronique Claveau. Et à sa comparse du Banquier, la bondissante et ricaneuse Julie Snyder incarnée par… Marc St-Martin.
Photo: Théâtre du Rideau Vert Saluons le retour de certaines compositions devenues au fil des éditions de véritables classiques : on pense à la Céline Dion de la formidable Véronique Claveau. Et à sa comparse du Banquier, la bondissante et ricaneuse Julie Snyder incarnée par… Marc St-Martin.

La corruption et les élections, le scandale du Sénat et la controversée charte : 2013 fut une année en or, sinon pour les Québécois, du moins pour leurs scripteurs comiques. La traditionnelle revue humoristique du Rideau vert, qui ratisse large, couvre tous ces passages obligés. Et bien d’autres encore.

 

Comme toujours, le petit écran y est roi. Plusieurs émissions sont détournées pour aborder des thématiques plus politiques : les scandales libéraux traités à travers Les squelettes dans le placard — une bonne idée qui dégénère en slapstick —, la commission Charbonneau croisée avec La voix… Un univers, Rob Ford excepté, généralement très québéco-centriste. On savoure d’autant plus les numéros qui nous éloignent de notre nombril : un étonnant monologue de Fred Fortin sur le mariage gai en France ; les Jeux olympiques de Sotchi revus et corrigés par deux militaires russes homophobes.

 

En gros, 2013 revue et corrigée tire tous azimuts, quitte à rater la cible parfois. Une irrégularité comique compensée par le dynamisme du spectacle et sa solide équipe d’interprètes. On déplore ainsi un certain manque de finesse dans l’écriture, surtout une difficulté à trouver de bonnes chutes aux concepts, particulièrement en première partie, plus faible. Grâce à une habile progression des numéros, on sort pourtant du spectacle en retenant surtout les réussites de la seconde. Et si certains sketchs tombent à plat (le premier numéro sur Harper, L’arbitre avec Régis Labeaume…), le metteur en scène Alain Zouvi a imposé un rythme sans faille à ce spectacle aux enchaînements rapides.

 

Saluons le retour de certaines compositions devenues au fil des éditions de véritables classiques : on pense à la Céline Dion de la formidable Véronique Claveau (le ton nasal, la voix, les mimiques : tout y est). Et à sa comparse du Banquier, la bondissante et ricaneuse Julie Snyder incarnée par… Marc St-Martin. Le comédien sauve par ailleurs la parodie d’Unité 9, longuette et dépourvue de punch, grâce à sa confondante Micheline Lanctôt.

 

Et comment passer sous silence l’épatante Pauline Marois que campe Suzanne Champagne ? Son rigodon compte parmi les quatre numéros — sauf erreur — consacrés à l’incontournable charte péquiste. On retient aussi un pastiche du Choc des générations, renvoyant dos à dos musulmanes voilées et maire de Saguenay. Ajoutez le gag sur les «Janette», avec, oui, une allusion à Denise Filiatrault, la directrice du théâtre.

 

Plusieurs des « victimes » du spectacle étaient parmi les invités, le soir de la première. Au premier chef, Denis Coderre, l’une des têtes de Turc favorites de la revue, qui a évidemment récupéré l’ovation à son avantage… C’est dire combien, somme toute, les blagues demeurent plutôt gentilles, l’humour consensuel, la critique pas trop mordante. Le Québec, même divisé comme il l’est présentement, reste une petite société…


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