Théâtre - Voyage d’agrément

Le décor de Dominique Pottier s’avère ingénieux, avec assortiment de malles pouvant évoquer aussi bien un tribunal qu’un dos d’éléphant.
Photo: Luc Lavergne Le décor de Dominique Pottier s’avère ingénieux, avec assortiment de malles pouvant évoquer aussi bien un tribunal qu’un dos d’éléphant.

C’est, croyez-le ou non, la deuxième adaptation du fameux roman de Jules Verne présentée à Fred-Barry depuis 2006. Visiblement, cette histoire à la théâtralité colorée, au rythme effréné, séduit les compagnies ciblant un public jeune. La précédente production avait rafraîchi le concept, l’adaptant à aujourd’hui et réduisant la virée à quatre jours. Celle-ci, plus classique, conserve le récit d’aventures en 1872, alors que le gentleman londonien Phileas Fogg entreprend une folle révolution autour de la planète, afin de remporter un pari.

 

Porter sur scène ce périple rocambolesque semble aussi relever d’une gageure, particulièrement avec juste cinq comédiens et sur une scène qui paraît exiguë. Pari généralement gagné par le metteur en scène Frédéric Bélanger, qui signe un spectacle dynamique, mené tambour battant.

 

Le spectacle a lui-même fait le tour… de la région de Lanaudière, avec La Roulotte, l’été dernier, et ça paraît. Les interprètes (François-Simon Poirier, Louis-Philippe Berthiaume, Bruno Piccolo, Sharon Ibgui, Milène Leclerc), qui enfilent efficacement plusieurs rôles, déploient une aisance manifeste, établissant une grande complicité avec la salle. Ils s’adressent parfois directement aux jeunes spectateurs, les engageant dans l’action. Et les quelques impondérables de la première (accessoire brisé, fausse moustache refusant d’adhérer…) sont récupérés avec un humour bon enfant.

 

Quant au décor de Dominique Pottier, il s’avère ingénieux, avec ce Big Ben dont les engrenages permettent de faire défiler les paysages successifs. Et cet assortiment de malles pouvant évoquer aussi bien un tribunal qu’un dos d’éléphant. Les changements de pays sont aussi signalés par l’éclairage et par l’apparition de personnages très typés, pour lesquels Sarah Balleux a conçu des costumes colorés. Survol exotique qui s’en tient à la caricature et au folklore, la comédie joue sur les stéréotypes culturels des différentes contrées visitées. L’étape aux États-Unis tourne ainsi vite au western, à l’échange de coups de feu avec des Amérindiens. Et ce, malgré les protestations d’une Indienne, une vraie celle-là, que les bourlingueurs avaient auparavant sauvée de l’immolation dans son pays.

 

La question des relations avec les cultures étrangères, et même du respect des pratiques religieuses locales, y est effleurée. Mais il faut bien dire que la matière thématique est maigre dans cette course déchaînée, où l’on ne s’attarde sur rien. C’est la vision du monde d’un touriste anglais du XIXe siècle, bienveillant mais pressé…

 

Bien sûr, Le tour du monde… est avant tout un divertissement, agrémenté de quelques pointes d’humour au deuxième degré. C’est, en fait de voyage, l’équivalent de délassantes vacances à la plage…



Collaboratrice

À voir en vidéo