Robin Aubert de retour au bercail

Au cinéma comme au théâtre, Robin Aubert n’hésite pas à aborder de front la question de la masculinité.
Photo: Julie Roy Au cinéma comme au théâtre, Robin Aubert n’hésite pas à aborder de front la question de la masculinité.

Les plus jeunes ne le savent peut-être pas, mais avant d’être l’homme de cinéma accompli qu’il est devenu, Robin Aubert était promis à une brillante carrière au théâtre. Entre 1994 et 1996, dans Arlequin, serviteur de deux maîtres, un spectacle de l’Opsis mis en scène par Serge Denoncourt, le comédien a brûlé les planches. « Quand j’y pense, le théâtre a toujours été présent, confie Robin Aubert. Dans mes films, les personnages ont le même costume du début à la fin, le choeur est présent et il y a des fantômes qui parlent. Ce n’est jamais tout à fait réaliste ; c’est un peu décalé, des fois même tragique, comme chez les Grecs. Il finit toujours par y avoir une forme de catharsis qui se pointe à un moment ou à un autre. Il faut comprendre que j’ai connu Brecht et Tchekhov bien avant Tarkovski et Jarmusch. Veux, veux pas, ça laisse des traces. »

 

Mais il ne faudrait surtout pas croire que Le chant de Meu, qu’il a confié au metteur en scène Benoît Desjardins, est un scénario recyclé en pièce de théâtre. Dès le départ, le langage destinait le texte à la scène. « Les images sont plus évoquées que montrées, explique celui qui a publié, en 2011, un premier recueil de poésie intitulé Entre la ville et l’écorce, à L’Oie de Cravan. D’ailleurs, c’est ce que je préfère au cinéma, quand on évoque une scène plutôt que de la montrer. J’estime que c’est toujours l’histoire qui doit dicter le médium, jamais le contraire. Sinon, ça devient juste un concept. L’autre chose, peut-être plus inconsciente, c’est que je me suis permis d’aller dans une sorte de réalisme magique que je ne fais pas au cinéma. Mais ça, c’est ma blonde qui dit ça. »

 

Au cinéma comme au théâtre, Robin Aubert n’hésite pas à aborder de front la question de la masculinité. On pourrait même dire qu’il redonne à l’homme, longtemps et souvent dépeint comme un abruti, une certaine noblesse. « Il semble y avoir un malaise ambiant en ce qui concerne l’image de l’homme véhiculé par nos auteurs. On consacre des émissions à ce sujet, on commente la dureté des rapports. On écrit des papiers là-dessus pour comprendre si ça ne serait pas un mal générationnel. On le fait par acquit de conscience, comme si on voulait maladroitement rétablir le rôle de la femme dans l’univers masculin. Or je pense que pas une fois on a mis le doigt sur le réel problème. »

 

Ainsi, le créateur estime qu’il n’y a pas assez de femmes pour parler de femmes et qu’il faut remédier à cette situation. « Comme spectateur, je m’attends à comprendre le sentiment, masculin ou féminin, en ayant accès aux tripes du personnage. C’est pour ça que je dis qu’il devrait y avoir plus de Fanny Britt et d’Anne Émond pour contrebalancer le nombre de créateurs qui sont des hommes. La solution, ce serait d’accepter plus de projets féminins. Pas d’empêcher les auteurs hommes d’écrire sur les hommes soi-disant parce qu’on a fait le tour. Évidemment, on n’a pas besoin d’être un homme pour écrire sur les hommes. Monsieur Lazhar[d’Évelyne de la Chenelière] est peut-être le plus beau personnage masculin écrit ces dernières années. Le protagoniste masculin du prochain film de Micheline Lanctôt, un homme n’aurait pas pu l’écrire. »

 

La ruralité n’a rien de folklorique

 

Un autre tabou que Robin Aubert prend plaisir à explorer, c’est celui de la ruralité. Le thème, de plus en plus présent au cinéma, est encore assez peu courant dans notre théâtre. Dans Le chant de Meu, il est question de chasse, de boucherie, de champs et de pick-up, mais surtout de trahison et de vide entre deux amis qui sont presque des frères, des personnages incarnés par Martin Dubreuil et Hubert Proulx. « Il n’y a rien de folklorique dans la ruralité, lance l’auteur. Et ceux qui l’interprètent de cette manière devraient voyager davantage. De Maniwaki à Kangiqsujuaq au Nunavik. Ils devraient écouter les gens. La ruralité n’a rien à voir avec un retour en arrière, une fermeture sur le monde. C’est selon moi un manque de culture et d’ouverture. Des gens fermés, il y en a partout, même chez les plus érudits. »

 

Si Robin Aubert est attaché au territoire québécois, il ne tient pas pour autant à ce que son oeuvre soit qualifiée de régionale. « Ça ne me vient pas à l’esprit. Je ne revendique pas à tout prix l’étiquette de « régional ». Je peux tout autant prendre mon pied en lisant Pourquoi Bologne, d’Alain Farah, qui se passe en partie dans le quartier libanais de Montréal, qu’en me rendant devant l’étang Walden avec les réflexions de Thoreau, ou encore dans un village inventé par François Lévesque dans Une maison de fumée. Ce qui est important, c’est d’être vrai et honnête dans ce qu’on fait, même si on invente. La vérité, ça n’a pas de territoire. »

 

Il semble que l’auteur n’ait pas regretté un seul instant d’avoir confié son texte au Noble Théâtre des trous de siffleux, une compagnie de recherche théâtrale en milieu rural fondée en 2001 par Benoît Desjardins et Silène Beauregard. « Il y a quelques jours, explique Aubert, j’ai assisté à une représentation à Mont-Laurier. Après, j’ai foncé dans les bras de Benoît. J’ai aimé sa mise en scène et la façon dont il a dirigé les acteurs. Martin et Hubert m’ont touché droit au coeur. J’ai aimé la sobriété de la scénographie de Silène. Le maniérisme était inexistant et les silences avaient leur place. Je ne suis pas metteur en scène et je n’aspire pas à l’être non plus. Benoît en est un. Sans lui, mon texte dormirait encore dans un tiroir de mon bureau. »

 

 

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