Jeunes publics - Le dos solide

Le parcours de Marie-E?ve Huot te?moigne du fait que proposer du the?a?tre aux enfants, c’est leur ouvrir la porte de l’imaginaire en leur offrant des outils pour enrichir leur perception du monde.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le parcours de Marie-E?ve Huot te?moigne du fait que proposer du the?a?tre aux enfants, c’est leur ouvrir la porte de l’imaginaire en leur offrant des outils pour enrichir leur perception du monde.

Marie-Ève Huot est une femme fort occupée. Jeune trentenaire, elle est présidente de Théâtres unis enfance jeunesse (TUEJ) - l’association qui regroupe les producteurs de théâtre pour jeunes publics -, professeure à l’Option-théâtre du collège Lionel-Groulx, comédienne, metteure en scène, auteure dramatique… et elle dirige aussi sa propre compagnie. Signalons également qu’elle fait partie du comité artistique de la Maison Théâtre et que c’est elle, au nom de TUEJ, qui a porté le manifeste Pour une politique du théâtre professionnel pour les jeunes publics au Québec.

 

Ces jours-ci, elle revient de Reims, en Champagne, où elle a participé à l’événement M’Auteurs. Elle a lu et relu là son plus récent texte, Noeuds papillon, qu’elle présentera en janvier dans le réseau des maisons de la culture et en avril en France, au festival Méli’Mômes que nos lecteurs connaissent bien. Un peu essoufflée, elle vient à peine de se replonger dans les répétitions de ce Château sur le dos qui prendra l’affiche la semaine prochaine à la Maison Théâtre… tout en travaillant déjà avec ses étudiants sur Reviens ! de Marie-Hélène Larose-Truchon, qu’elle dirigera un peu plus tard, en janvier. Ouf !

 

Elle a trouvé du temps entre une réunion administrative et une répétition pour nous parler du spectacle qu’elle prépare et aussi pour raconter un peu comment et pourquoi elle s’adresse aujourd’hui aux enfants sur une scène de théâtre…

 

Assumer du début à la fin

 

Dès sa sortie de l’École nationale de théâtre en 2006 - elle y a étudié avec Gervais Gaudreault et Louis-Dominique Lavigne, entre autres -, Marie-Ève Huot savait qu’elle allait surtout consacrer ses énergies aux jeunes publics. Elle fonde l’année suivante sa compagnie, le Théâtre ébouriffé, et monte un premier spectacle, Cabaret au bazar, dont elle signe la mise en scène. Au cours de la même période, elle est du stage sur la création pour la petite enfance mis sur pied par le festival Petits bonheurs (Reims-Montréal-Bruxelles) et on la retrouve comme comédienne dans le Marguerite de Jasmine Dubé. C’est toutefois il y a deux ans, en reprenant la mise en scène d’Une lune entre deux maisons de Suzanne Lebeau avec la bénédiction de Gervais Gaudreault - un spectacle qui tourne toujours -, qu’elle signe son premier véritable coup d’éclat.

 

Mais qu’elle joue, écrive ou signe une mise en scène, son parcours témoigne du fait que proposer du théâtre aux enfants, c’est leur ouvrir la porte de l’imaginaire en leur offrant des outils qui enrichiront leur perception du monde et leur permettront d’appréhender la réalité autrement.

 

« C’est vrai que je fais beaucoup de choses en même temps, dit-elle ; j’aime m’impliquer à fond, c’est ma façon d’avoir une vision d’ensemble du monde dans lequel je m’inscris. J’aime bien aussi l’idée d’assumer un spectacle du début à la fin. Mais je réussis à me compartimenter : quand j’écris, j’écris. Et quand je travaille sur une mise en scène, je le fais totalement avec les comédiens sur scène. Un peu comme si j’écrivais dans l’espace avec eux. »

 

Faire de la mise en scène, ce n’est pas se référer à des théories ou gérer les déplacements des comédiens sur un plateau, poursuit-elle. «C’est être en “mode construction”, tenir compte de tout le système de la représentation. Avoir conscience des codes, des signes perçus par les petits spectateurs et transcrire cela de façon très physique, très corporelle dans le jeu des acteurs. Après avoir vérifié avec eux, selon le principe d’aller et retour, durant les répétitions qui sont une sorte de labo exploratoire. Être consciente aussi de l’intériorité, des images personnelles qui surgissent au moindre mot dans la tête de chaque comédien et tenter d’inscrire tout cela de façon cohérente dans le spectacle. C’est un beau défi… »

 

Un château sur le dos tire son origine d’une anecdote racontée par Montaigne : c’est l’histoire d’un père qui cherche sa fille dans un pays dévasté par la guerre. « Dès le départ, poursuit-elle, j’ai souhaité raconter cette fable sur le mode épique… sans tomber dans le style réaliste “capes et épées”. Martin a écrit un petit Shakespeare pour enfants qui m’a fait penser aux hérauts du Moyen Âge ; c’est ainsi que j’en suis arrivée à une proposition de mise en scène assez radicale dans laquelle tout est raconté face à la salle ou presque. » Intrigant, non ?

 

 

Collaborateur