Éducation physique

La comédienne Sylvie Chartrand exécute sa partition de gestes avec une maîtrise époustouflante.
Photo: Catherine Asselin-Boulanger La comédienne Sylvie Chartrand exécute sa partition de gestes avec une maîtrise époustouflante.

La compagnie Omnibus nous convie à un programme double. En lever de rideau, Jean Asselin propose Splendeur et misère d’une courtisane, une création d’une vingtaine de minutes sur la descente aux enfers d’une prostituée. Sur une musique électroacoustique signée Yves Daoust, la comédienne Sylvie Chartrand exécute sa partition de gestes avec une maîtrise époustouflante. Malgré la gravité du sujet, l’émotion n’est malheureusement pas au rendez-vous. On s’émerveille de la justesse d’exécution, mais on se désole de voir les clichés reconduits dans les mouvements comme dans les propos. On regrette que ne soit jamais transcendé l’exercice de style.

Heureusement, la soirée est essentiellement consacrée à une tout autre matière, un solo qui est en un sens tout aussi formel que celui qui l’a précédé, mais surtout bien plus réjouissant. Codirecteur du Théâtre du Mouvement, une compagnie basée à Montreuil dans la banlieue est de Paris, Yves Marc répond à l’invitation de la compagnie Omnibus en présentant à Espace libre un spectacle-conférence intitulé Ce corps qui parle. N’y allons pas par quatre chemins : l’homme est le professeur dont rêvent tous les apprentis comédiens. On espère ardemment un monde où toutes les leçons seraient à ce point vivantes !

Afin de transmettre sa matière, Yves Marc n’hésite pas à employer une diversité de moyens. Le comédien se fait tour à tour mime, conteur, humoriste, poète, danseur et même manipulateur. Pendant 75 minutes, il est question du corps humain et de ce qu’il traduit (ou trahit) de notre humanité. C’est tout naturellement qu’on passe de la tête aux pieds, des évidences aux mystères, du quotidien à la science. Le visage, la tête, le tronc, les bras, le bassin, les jambes… le conférencier scrute avec minutie, explique le fonctionnement des articulations et des muscles en donnant chaque fois des exemples imparables et souvent désopilants.

Parce qu’il ne manque pas de rigueur, notre homme appuie ce qu’il avance en citant quelques spécialistes, comme le zoologiste Desmond Morris, le neurologue Antonio Damasio, l’anthropologue David Le Breton et le synergologue Philippe Turchet. Surtout, Yves Marc cite l’acteur et mime français Étienne Decroux, son maître. L’une des formules de Decroux résume à elle seule la teneur du spectacle qui se joue sous nos yeux : « Le corps est comme un gant dont le doigt serait la pensée. Notre pensée pousse nos gestes, sculpte notre corps de l’intérieur, et notre corps ainsi sculpté s’étend. »

En somme, le one man show est drôle et instructif. On a envie de prendre des notes tellement les formules sont belles ou adroites, tellement les observations sont pertinentes. On se surprend plusieurs fois à faire, sur un mode mineur bien entendu, les mêmes mimiques ou mouvements que le conférencier, à être à ce point empathique à ce qu’il accomplit sur scène. On parierait que plusieurs de ces constatations sur nos actions et réactions vont nous servir dans la vie de tous les jours. Pas de doute, en livrant le fruit de ses réflexions sur le corps parlant, Yves Marc parvient à jeter des ponts entre le métier de l’acteur et celui de vivre.

 

Collaborateur