Théâtre - Matière à révolte

S’apparentant à une luxueuse lecture publique, le spectacle est, comme l’explique Olivier Kemeid dans le programme, un « banquet de la parole », mais aussi une « histoire sans histoire ».
Photo: Jérémie Battaglia S’apparentant à une luxueuse lecture publique, le spectacle est, comme l’explique Olivier Kemeid dans le programme, un « banquet de la parole », mais aussi une « histoire sans histoire ».

Avant de clore son cycle italien en renouant avec Goldoni dans un spectacle concocté par Pierre-Yves Lemieux, en mars au Théâtre Denise-Pelletier, l’Opsis donne ces jours-ci à la Cinquième Salle de la Place des Arts un collage signé Olivier Kemeid, La Resistenza, vibrant hommage à l’esprit de résistance qui anime l’Italie et les Italiens depuis la naissance de Romulus et Rémus.

 

Mis en scène par Luce Pelletier, les textes sont défendus par Jean-François Casabonne, Sharon Ibgui, Olivier Morin, Morena Prats, Monique Spaziani et David Strasbourg. S’apparentant à une luxueuse lecture publique, le spectacle est, comme l’explique Kemeid dans le programme, un « banquet de la parole », mais aussi une « histoire sans histoire ». Ce qui ne va pas sans quelques heurts. Se déroulant sur un plateau presque vide recouvert d’un tapis rouge, devant un amoncellement de chaises, la représentation, il faut l’admettre, laisse le spectateur de théâtre sur sa faim.

 

Mais commençons par saluer le travail d’Olivier Kemeid. Les textes, choisis et assemblés avec soin, offrent le genre de contrastes que nous étions en droit d’attendre du portrait d’une nation qui cultive les extrêmes, qui entrelace sans pudeur le comique et le tragique, la criminalité et le sacré, le grotesque et le sublime, l’horreur et la fête. L’auteur nous entraîne d’un bout à l’autre de la fameuse botte. De la destruction de Pompéi au tremblement de terre de L’Aquila, en passant par le sommet du G8 à Gênes. De l’État fasciste du Duce à la république du Cavaliere. De Pline le Jeune à Fausto Paravidino, en passant par Pasolini, Levi et Fellini. La langue caresse pour mieux claquer. Les clichés sont reconduits avant d’être impitoyablement déjoués. Les échos à ce qui se vit ici et maintenant sont légion.

 

Pour donner forme à son collage, l’auteur a choisi des thèmes (le priapisme, les étrangers, les femmes, l’espoir…), mais il a surtout usé, et de manière brillante, en guise de fil conducteur, des déclarations aberrantes de Silvio Berlusconi sur les sujets les plus divers. Avec son faible pour les prostituées, sa richesse, ses conflits d’intérêts et son influence démesurée, l’homme politique est, qu’on le veuille ou non, emblématique des tensions qui agitent l’Italie. Ses propos résonnent comme de terrifiants points d’orgue tout au long de la soirée.

 

C’est du côté de la mise en scène que le bât blesse. Plusieurs choix effectués par Luce Pelletier nuisent à la fluidité de la représentation. Pourquoi s’acharner à nommer chacun des actes et le thème qui s’y rattache ? Pourquoi mentionner sans cesse les auteurs ? Les textes sont assez évocateurs, assez percutants pour exister en eux-mêmes. Le programme répondra bien, une fois dans le hall, aux questions des spectateurs curieux de savoir d’où est tiré tel ou tel passage. À vrai dire, si la livraison n’était pas si sage, et parfois même didactique, si les comédiens n’étaient pas si souvent contraints de faire les potiches en arrière-scène, si le fond et la forme s’épousaient de manière plus inédite, l’émotion aurait été à son comble.

 

 

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