Toute vérité n’est pas bonne...

Les comédiens Isabelle Bossé, Karl Farah, Isabelle Giroux et Joseph Martin portent la pièce Éviscérer, qui acquiert de la noirceur au fil des révélations.
Photo: Aude Vanlathem Les comédiens Isabelle Bossé, Karl Farah, Isabelle Giroux et Joseph Martin portent la pièce Éviscérer, qui acquiert de la noirceur au fil des révélations.

C’est a priori le sujet le plus banal du monde. Et il faut d’autant plus d’effort pour aborder la rupture amoureuse de manière quelque peu intéressante. Comme angle d’attaque, Jocelyn Roy (MTL_APK, 5F, La revanche des nombrils) a choisi de mettre en question l’importance de la vérité au sein d’un couple : doit-on tout dire à l’autre ou peut-on conserver une part secrète de son intimité ?

 

Après un souper trop arrosé, Zack (Karl Farah) a vécu une aventure sans lendemain. Son premier écart en une décennie de relation sans nuage avec Ariane (Isabelle Giroux). Tourmenté par la culpabilité, il passe aux aveux, ce qui provoque la rupture. Son ex-amoureuse lui reproche amèrement de ne pas avoir su la protéger de cette vérité désagréable : « Si ce n’était pas important, pourquoi me l’as-tu dit ? » L’infidèle a ouvert une boîte de Pandore et il apprendra lui-même quelques vérités qu’il aurait préféré ignorer. Comme si le couple idéal ne pouvait survivre qu’au prix du non-dit…

 

Crue, frontale, l’écriture de Jocelyn Roy ne pèche guère par subtilité. Toutefois, Éviscérer garde notre intérêt grâce à une structure éclatée, ponctuée d’allers et retours temporels, qui ménage des monologues, des espaces de confession à chacun des quatre personnages. Car le récit est narré par deux témoins extérieurs (Isabelle Bossé, assez amusante, et Joseph Martin) : les meilleurs-amis-superficiels-qui-ajoutent-de-l’humour-à-la-situation, des célibataires volages qui eux-mêmes multiplient les raisons futiles pour rompre. Bref, des figures caricaturales qu’on a l’impression d’avoir déjà croisées dans nombre de comédies romantiques. La pièce acquiert néanmoins de la profondeur, et de la noirceur, au fil de la représentation et des révélations qu’elle réserve.

 

Cette petite production bénéficie d’une mise en scène assez souple, parfois maladroite mais contenant quelques bonnes idées. Dont cette baignoire installée au centre de l’exiguë scène de la Balustrade, symbole d’intimité et élément scénographique polyvalent qui sert de mobilier.

 

Isabelle Giroux domine une distribution inégale, portant généralement avec sincérité et éloquence les arguments de l’amoureuse blessée. Il faut dire que Jocelyn Roy paraît plus généreux envers ses personnages féminins, surtout la protagoniste, qui possède davantage de couches de complexité que sa contrepartie masculine. Ultimement, l’auteur laisse à Ariane son mystère fondamental, et c’est tant mieux. N’empêche que ce spectacle, bouclé en à peine plus d’une heure, semble tourner un peu court.

 

 

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