Théâtre - L’esthétique de l’individualiste engagé

Le dispositif visuel est un environnement mi-liquide, mi-solide, mi-gazeux à la blancheur devenant multicolore par les déplacements du danseur.
Photo: Tristan Jeanne Valès Le dispositif visuel est un environnement mi-liquide, mi-solide, mi-gazeux à la blancheur devenant multicolore par les déplacements du danseur.

Ça commence par des voix, diatoniques, construisant par fragments, et en une collaboration maîtrisée, des phrases aux mots forts et troublants : il est question d’injustice, de dérives communautaristes, de l’indifférence face à l’odieux, d’intolérance, d’obscurantisme… Deux femmes, deux hommes, mot par mot, parfois seuls, parfois en parfaite superposition, parlent d’exactions, de corps inanimés, de violence institutionnalisée, d’appel à la haine et de ses conséquences, alors qu’au loin, seul, en mouvement sur une scène recouverte d’une fine couche d’eau, devant un écran qui expose le gris de nuages en 3D, un homme danse, sur fond de vibraphone électronique.

 

Le tableau vivant a des tonalités paradoxalement poétiques. Il va les conserver aussi tout au long de ce Recours aux forêts, proposition scéno-réflexive présentée comme une « conversation sur l’utopie », entre Jean Lambert-wild, directeur de la Comédie de Caen en France, et le philosophe Michel Onfray, et qui, mardi soir, dans une grande première, a installé son esthétique sur les planches - humides - de l’Usine C à Montréal. Jusqu’au 14 septembre.

 

Inclassable

 

Alliant concert de voix, univers sonore éthéré, projections vidéo, danse et réflexion sur l’individualisme, sur le repli sur soi et sur la quête de la sérénité par le rapprochement vers la nature, pour mieux s’éloigner d’un monde cruel et inhumain, l’objet a bien sûr tout pour défier la taxinomie artistique, mais au final, pas assez pour convaincre et transporter.

 

L’effort est pourtant soutenu pendant une heure, avec un dispositif visuel atypique, un environnement mi-liquide, mi-solide, mi-gazeux (!) à la blancheur devenant multicolore, par à-coups et par les déplacements du corps d’un danseur et surtout le déploiement d’un texte étonnant - à l’image d’Onfray - capable autant de densité que d’un ésotérisme creux à la légèreté forcément troublante.

 

Dans ce tout à la grammaire improbable, la symbiose entre les composantes de cette allégorie du rebelle, de cette réflexion sur le soi confrontée aux travers de sa propre condition ne va jamais se produire, laissant plutôt un texte - dont les envolées, en deuxième partie, rappellent par moments celles du Goéland de Richard Bach dans les années 70 - avancer aux côtés d’une proposition esthétique puissante, sans jamais vraiment réussir à faire émerger de points de contact. En l’absence de ces marqueurs de l’articulation, le mouvement de l’oeuvre ne peut du coup que se contempler, passivement, et très loin de cette invitation faite au public de l’absorber pour le vivre.

1 commentaire
  • Claude Trudel - Abonné 12 septembre 2013 23 h 02

    Appréciation et extraits


    La prestation a été chaleureusement applaudie par les spectateurs.

    Extraits (2011) : http://youtu.be/vzRmpa1hYqQ