La question identitaire passée à la souffleuse

Sorte de radiothéâtre livré sur les planches, voix et bruitage à l’appui, le truc se distingue forcément par sa forme, un peu moins par son fond.
Photo: Dominique Bernier Sorte de radiothéâtre livré sur les planches, voix et bruitage à l’appui, le truc se distingue forcément par sa forme, un peu moins par son fond.

Imaginez le pire et faites-en une pièce de théâtre.

 

Dans un Québec lointain, projeté dans 9 ans, pour être précis, le destin d’un peuple s’est drôlement joué. François Legault est désormais premier ministre d’une province vivant quotidiennement sous le monopole culturel de Serge Postigo - maître de la comédie musicale, seule forme d’art reconnue - et le joug d’un gouvernement fédéral oppressant piloté par… Stéphane Gendron, grande gueule actuelle de la télé-poubelle.

 

Dans ce monde où les forces souverainistes subsistent à l’état de résidus et où Amir Khadir est un morpion trépignant à la recherche d’une attention médiatique qu’il n’attire plus, chaque année, un référendum sur la souveraineté est malgré tout orchestré par Legault, dans une volonté affichée de construire un « Québec pas de chicane ». Il pilote le camp du Peut-être qui, année après année, remporte le scrutin, jusqu’à cet an de grâce 2022 où la tragédie va faire dévier le Québec de sa trajectoire.

 

C’est la faute à Gilles Duceppe, ex-leader du Bloc québécois. Exilé en Suisse, après avoir été « sorti » d’Ottawa par les électeurs, en mai 2011, puis éjecté de la scène politique, en février 2012, par ce qui a toutes les apparences d’un assassinat politique, l’homme décide en effet de revenir dans ce Québec qui a visiblement mal appréhendé ses dérives. Il va conduire les troupes militant pour le Oui à la victoire, en évitant les fourberies d’une Pauline Marois, mais également une série d’attentats perpétrés à la souffleuse le visant directement. En gros.

 

Avec L’assassinat du président - pièce dont le titre initial était L’assassinat de Gilles Duceppe et rebaptisée dans la controverse lors de sa création l’an dernier dans le cadre du festival Zoofest -, le trio formé d’Olivier Morin, Guillaume Tremblay et Jean-Philippe Fréchette, alias Navet Confit, propose au Théâtre d’Aujourd’hui une nouvelle mouture, augmentée, de cette oeuvre scénique atypique qui se définit comme du « théâtre sonore futuriste ».

 

Sorte de radiothéâtre livré sur les planches, voix et bruitage à l’appui, le truc, mis au monde par une équipe qui a éprouvé son genre avec Clotaire Rapaille, l’opéra rock, se distingue forcément par sa forme, un peu moins par son fond, qui, malgré quelques pointes comiques bien aiguisées, se perd rapidement dans une caricature trop frontale du présent.

 

Pas de finesse, donc, un décalage pas très subtil non plus dans un texte pourtant incarné avec efficacité, mais non sans cabotinage par le trio, ainsi que par Catherine Le Gresley et Mathieu Quesnel, et qui, en plus d’une heure trente, dévoile une critique, un peu trop naïve pour atteindre au second degré, du rendez-vous manqué du Québec avec l’histoire, de la culture pop, des tensions identitaires… Prévisible : sous cette loupe du futur, l’absurde se révèle plus déformation que densification.

 

Ici, comme l’an dernier au Zoofest, l’effet, du coup, reste le même : dans le public, des témoins de cet assassinat peuvent finir par devenir des victimes. Malheureusement.

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