Dominion: autres temps, mêmes moeurs

Les classiques du western spaghetti ont guidé le metteur en scène et codirecteur du Théâtre de la Pacotille, Sébastien Dodge, dans la création de Dominion.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les classiques du western spaghetti ont guidé le metteur en scène et codirecteur du Théâtre de la Pacotille, Sébastien Dodge, dans la création de Dominion.

L’auteur et metteur en scène Sébastien Dodge amorce ces jours-ci un cycle historique qui pourrait bien le mener jusqu’à la Rome antique, mais qui l’incite pour le moment à revisiter l’histoire du Canada. Avec Dominion, un western spaghetti qui redonne vie aux illustres personnages que sont John A. Macdonald, George-Étienne Cartier et Wilfrid Laurier, le codirecteur du Théâtre de la Pacotille aborde des rivalités aussi indémodables que celles opposant anglophones et francophones, nature et ville, philosophies autochtones et capitalisme.

 

Avec Suprême deluxe, La genèse de la rage et La guerre, Sébastien Dodge a creusé sans retenue le thème de la violence inhérente à l’homme. Dominion a beau être la première étape d’un nouveau cycle, la violence continue d’y occuper une place de choix. « Tous mes spectacles sont bien violents, lance le créateur, sourire aux lèvres. Mais la violence se décline de plusieurs façons. De toute manière, l’art, c’est toujours violent. Sinon, c’est un peu plate. Les bons sentiments, ça m’intéresse plus ou moins. Je n’ai pas grand-chose à dire sur le bonheur. J’aime mieux le vivre que d’en parler. Cela dit, Dominion est sans nul doute ma pièce qui contient le plus d’espoir. »

 

Réécrire l’histoire

 

Parce qu’il ne fait pas les choses à moitié, Sébastien Dodge a commencé par combler quelques lacunes dans son éducation. « Après avoir beaucoup lu, notamment les ouvrages de Jacques Lacoursière, je peux affirmer que je ne savais pas grand-chose de notre histoire. De manière générale, je dirais que les Québécois ne connaissent pas bien leur histoire, surtout en ce qui concerne le XIXe siècle. Alors que c’est selon moi la période la plus intéressante, celle qui vient après la Rébellion des patriotes. »

 

L’action de la pièce débute en 1867, dans les derniers moments qui vont mener à la Confédération, autrement dit à la création du Dominion du Canada. Alors que Patrice Dubois et Myriam Fournier incarnent le coureur des bois et sa femme, Mathieu Gosselin est George-Étienne Cartier, Félix Beaulieu- Duchesneau, John Alexander Macdonald, et Miro Lacasse, Sir Henry Charles Wilfrid Laurier. « Au fond, explique le créateur, la pièce raconte ni plus ni moins la naissance du Parti conservateur. Avec, en arrière-plan, la construction des chemins de fer par la Canadian Pacific, une véritable conquête de l’Ouest, un périple sanglant et destructeur. À mon sens, le chemin de fer, c’est un accessoire au Capital, c’est la métaphore par excellence de la manière dont les élites économiques ont pillé l’environnement et les populations locales. »

 

L’ancêtre du pipeline

 

Vous aurez compris que toute ressemblance avec notre époque n’est absolument pas le fruit du hasard. « On n’a rien inventé, lance Dodge. L’exploitation éhontée des ressources, ça ne date pas d’hier. Je dirais même que c’est une tradition. Le chemin de fer, c’est l’ancêtre du pipeline. À vrai dire, les personnages de Dominion sont des archétypes. Près de 150 ans plus tard, on retrouve les mêmes à la une de nos journaux. Je trouve toujours ça intéressant de parler de ce qui se passe aujourd’hui, mais avec les figures d’un autre temps, comme lorsque la censure oblige les artistes à faire des détours pour critiquer leur société. Après tout, les écueils de la démocratie ne changent pas. Démagogie, trafic d’influence, suffrages brigués… Comme le dit tout le temps ma grand-mère : “Où il y a des hommes, il y a de l’hommerie.” »

 

Le récit, avec ses protagonistes et ses rebondissements, a tout naturellement guidé l’auteur et metteur en scène sur la piste des westerns spaghettis. Il était une fois dans l’Ouest, There Will Be Blood et Django Unchained font partie des références. « Jusqu’ici, précise Dodge, j’ai beaucoup donné dans le burlesque, pour ne pas dire dans la caricature. Mais cette fois, je voulais que l’ensemble ait quelque chose de plus réaliste, de plus crédible. Le ton du western, le Far West et ses quêtes de justice, tout cela me permet de laisser les personnages défendre des thèses, exister intellectuellement, sans pour autant évacuer la notion de divertissement. » Gageons que l’aventure sera éminemment cathartique.

 

 

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