Sortir du cadre

Les comédiennes Violette Chauveau, Marie-France Lambert, Sophie Cadieux, Anne-Marie Cadieux et Anne-Élisabeth Bossé entourent la directrice de l’Espace Go, Ginette Noiseux.
Photo: François Pesant Le Devoir Les comédiennes Violette Chauveau, Marie-France Lambert, Sophie Cadieux, Anne-Marie Cadieux et Anne-Élisabeth Bossé entourent la directrice de l’Espace Go, Ginette Noiseux.

Elles seront cinq. Cinq grandes figures de femmes « prêtes à exploser à l’intérieur d’elles-mêmes ». Ainsi s’est édifiée la saison 2013-2014 du théâtre Espace Go, qui accueille aussi quatre autres productions à l’invitation de la directrice artistique et générale Ginette Noiseux. Cette dernière s’est d’ailleurs posée en rempart mercredi contre la raréfaction de l’espace et du temps impartis à la création dans le fragile écosystème théâtral montréalais.

 

Le théâtre d’ici a beau rayonner à l’étranger, il a de moins en moins d’air pour respirer, relève Mme Noiseux. « Je suis indignée de voir tous ces projets, indispensables à la vitalité culturelle de Montréal, naître et mourir faute de pouvoir s’élever. Mes parents étaient des nègres blancs d’Amérique ; je constate que les artistes sont les nègres blancs de l’industrie culturelle d’aujourd’hui. »

 

Mieux protégés, les espaces de création, Espace Go compris, n’en sont pas moins fragilisés eux aussi par les restrictions budgétaires à répétition. Malgré des moyens serrés, le théâtre du boulevard Saint-Laurent a néanmoins encore du temps à offrir à ses complices, rappelle Mme Noiseux. « Ce temps-là, ce sont nos partenaires privés qui nous le donnent parce qu’eux, ils comprennent cela. Cela fait d’Espace Go un lieu habité.»

 

Cette saison est un peu la somme de l’esprit de tous les artistes fédérés à Go qui y rêvent et grandissent malgré la tempête qui se déchaîne dehors, poursuit Mme Noiseux. « Nous travaillons avec des metteurs en scène à la signature forte, Haentjens, Marleau, Ronfard, ce sont des peintres, des grands maîtres qui ont besoin d’espace et de temps pour faire ce qu’ils font d’une manière pareille à nulle autre. »

 

Et puis il y a l’esprit de Sophie Cadieux, qui flotte tout autour cette année encore. La comédienne, qui finit un cycle de trois ans de résidence, a beaucoup mûri, remarque Ginette Noiseux. « La présence de Sophie ne cesse de nous étonner, de nous nourrir. Elle est arrivée chez nous alors qu’elle était encore une comédienne se sachant regardée, elle est maintenant passée au statut d’artiste complètement libre. »

 

La sentant prête, la directrice l’a convaincue de faire le saut du côté de la mise en scène. En mars, Sophie Cadieux dirigera donc Marie-France Lambert dans un monologue signé Guillaume Corbeil, Tu iras la chercher. La jeune comédienne sera aussi au centre de la distribution de La ville, la pièce à l’inquiétante d’étrangeté du Britannique Martin Crimp à laquelle s’attaqueront Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, en janvier.

 

En parallèle Sophie Cadieux poursuivra son exploration à travers des projets plus personnels qui se déploieront tout au long de la saison pour se terminer par un « pyjama party ».

 

La saison s’ouvrira en septembre sur un clin d’oeil aux Trois soeurs de Tchekhov avec Villa Dolorosa, une pièce de l’Allemande Rebekka Kricheldorf. Martin Faucher signera la mise en scène de ce texte qu’il a d’abord mis en lecture aux Dramaturgies en dialogue.

 

Suivra en octobre la reprise d’Une vie pour deux, qui a valu des éloges à la comédienne Violette Chauveau. Portée par le souffle du roman du même nom de Marie Cardinal, la pièce d’Évelyne de la Chenelière est mise en scène par la fille de l’écrivaine, Alice Ronfard.

 

La saison de Go se finira par une incursion dans l’esprit d’un monument littéraire, James Joyce. AvecMolly Bloom, Brigitte Haentjens s’attaque au célèbre monologue intérieur du personnage féminin phare du roman Ulysse. C’est Anne-Marie Cadieux qui livrera le flot imaginé par l’auteur anglais et traduit ici par nul autre que Jean Marc Dalpé.

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