Le Prospero plonge dans le chaos du monde

Quelques têtes fortes de cette saison : la directrice Carmen Jolin, entourée des comédiens Gabriel Arcand et Ève Pressault et du metteur en scène Christian Lapointe.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Quelques têtes fortes de cette saison : la directrice Carmen Jolin, entourée des comédiens Gabriel Arcand et Ève Pressault et du metteur en scène Christian Lapointe.

Le calendrier du théâtre Prospero croule littéralement sous l’abondance de propositions - trois à l’interne sous le chapeau de La Veillée et 12 en accueil - en des temps où, partout ailleurs, la cure minceur est de mise. « Ce n’est pourtant pas différent chez nous. Seulement, quand on nous pousse dans les câbles, on répond par ce qu’on sait faire de mieux : créer pour exister », répond du tac au tac la directrice artistique et générale, Carmen Jolin, qui présentait lundi de belles prises, au premier chef le retour sur les planches d’un monstre sacré, Gabriel Arcand - aussi cofondateur de la Veillée - en Feuerbach, l’homme zéro de la pièce de Tankred Dorst.

 

Néanmoins, la question du maintien des installations se pose de façon plus pressante que jamais au Prospero, reconnaît Mme Jolin. « C’est vrai pour la plupart des théâtres. Nos immobilisations chèrement acquises dans les années 1970 se fragilisent au fur et à mesure que les gouvernements se désengagent. Chez nous, on a étiré le fil au maximum, on n’a plus de marge de manoeuvre. »

 

Comme le reste du beau milieu, le théâtre de la rue Ontario s’inquiète aussi du sort de la relève alors que nombre de nouvelles petites compagnies cherchent leur place dans un système en repli et assommé par les coupes en série. « Ces compagnies-là ont si peu de moyens que c’en est crève-coeur. Nous leur offrons un terrain de découvertes, mais ça n’occulte en rien la crise qui, collectivement, nous interpelle tous. »

 

Cette volonté de s’affirmer dans un monde de plus en plus chaotique et confrontant a servi de fil conducteur aux trois productions maison retenues par La Veillée pour sa saison 2013-2014. C’est là le coeur de La preuve ontologique de mon existence (du 17 septembre au 11 octobre), de Joyce Carol Oates, quête identitaire cruelle dans une Amérique peuplée de filles révoltées, que mettra en scène Mme Jolin.

 

On trouvera ce même élan dans l’écriture déboussolante d’Ivan Viripaev, figure montante de la jeune dramaturgie russe. Portrait d’un XXIe siècle asphyxié en forme de partition musicale, son Oxygène (du 19 novembre au 14 décembre) a été confié à l’artiste multidisciplinaire Christian Lapointe. « On s’attend à quelque chose de très éclaté, une joute verbale alliant musique et danse », précise Mme Jolin, qui a voulu donner carte blanche au metteur en scène.

 

Et puis il y a bien sûr cet acteur d’âge mûr, fragilisé, en perte d’identité, au centre de Moi, Feuerbach (du 21 janvier au 8 février). En 1995, Gabriel Arcand avait rallié la critique avec son interprétation incandescente. Pour Carmen Jolin, nul doute que le temps écoulé aura servi de patine à une oeuvre déjà aboutie qui mérite pleinement un retour en grâce.

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