Un G.I. Joe «shooté» en «gold»

Critique de notre société de consommation et de divertissement, le Golden Gala est une création de Guillaume Duval et Gabriel Léger-Savard produite par Joanie Roy, qui tient ici le fameux Golden Boy.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Critique de notre société de consommation et de divertissement, le Golden Gala est une création de Guillaume Duval et Gabriel Léger-Savard produite par Joanie Roy, qui tient ici le fameux Golden Boy.

Durant toute l’entrevue, ils ne cesseront à peu près jamais de manipuler leur héros, Golden Boy, une figurine de plastique articulée, musclée et entièrement recouverte de peinture dorée. Ils, c’est Gabriel Léger-Savard et Guillaume Duval, les créateurs de Golden Gala, la plus récente production de Mille chevaux-vapeur, une compagnie multidisciplinaire fondée en 2010 par Joanie Roy, qui est aussi autour de la table, et Hugo Dalphond. Le spectacle de théâtre d’objets pour les 7 à 77 ans est l’un des bons coups du Festival de théâtre de rue de Lachine.

 

Hommage aux galas de lutte et à leur théâtralité exacerbée. Suite de malicieux clins d’oeil à la culture populaire états-unienne. Critique féroce de notre société de consommation, de divertissement et d’antagonismes à tous crins. Golden Gala, c’est tout ça à la fois. « Tout a commencé durant notre formation à l’UQAM, explique Duval, qui prête vie à Golden Boy. Dans un cours donné par les créateurs de La Pire Espèce, on a eu l’idée très enthousiasmante d’organiser un grand combat de lutte entre une foule d’objets. En fouillant, on est tombés sur un G.I. Joe “shooté” en “gold”. C’est comme s’il nous avait tendu les bras. On a tout de suite su que ça allait être notre héros. »

 

Le numéro de cinq minutes élaboré dans un contexte scolaire est peu à peu devenu un 45 minutes de sensationnels affrontements entre Golden Boy, le gentil, et une foule de redoutables opposants, les méchants. Entre l’UQAM et Lachine, le spectacle est passé par le Sguenay, le Zoofest et même l’esplanade du Stade olympique. « On s’est rendu compte dès le début qu’on avait de quoi attirer l’attention d’un large public, explique Léger-Savard, à qui revient la tâche de manipuler tous les méchants. En utilisant ce qu’on appelle de la pyrotechnie de Dollorama, on arrive à captiver les jeunes et les moins jeunes. Le faire dans la rue, sans quatrième mur, en employant des codes que tout le monde connaît, c’est notre manière d’intéresser des gens qui vont peu ou pas du tout au théâtre. Au fond, je pense que les spectateurs sont, comme nous, immédiatement ramenés à leur enfance. »

 

D’un round à l’autre, les échelles de grandeur se juxtaposent, le ring-castelet trouve des échos dans l’univers grandeur nature qui l’entoure, l’action se corse, la violence gagne du terrain. On dit aussi qu’une Barbie assez peu vêtue fera que l’amour et le désir entreront dans l’équation. Vous aurez compris que le gala, rigoureusement analysé par deux commentateurs, respecte la fameuse règle des 3 S. En effet, sport, sang et sexe seront au rendez-vous. « On a fait beaucoup de recherche, révèle Duval. On a assisté à des matchs dans un sous-sol à Hochelaga, on a vu les films de Michel Brault et de Pierre Falardeau, des Royal Rumble de la WWE, on a même lu Roland Barthes. On voulait capter l’essence de la lutte, identifier les mythologies qu’elle porte, mettre le doigt sur ce qu’elle représente culturellement. Ça nous a permis de faire un spectacle franchement amusant, mais qui en même temps, sans que ce soit trop appuyé, dit beaucoup de choses sur une société dominée par le matérialisme et le divertissement. » Du pain et des jeux, comme dans la Rome antique.

 

La belle vie fait son nid dans la rue

Le thème de la 6e édition du Festival de théâtre de rue de Lachine a quelque chose de délicieusement ambigu : « Elle est pas belle la vie ? » Seul un point d’interrogation empêche la formule d’être carrément pessimiste. Heureusement, les directeurs de l’événement, Yves Dolbec, Philippe Gauthier et Rémi-Pierre Paquin, nous promettent des spectacles qui enchanteront le quotidien et embelliront la vie. Au menu : trois soirées, 135 artistes. Parmi les compagnies présentes, mentionnons Mobil Home, Manon fait de la danse, Matériaux composites, Péristyle nomade et Dans la chambre. Sur les places, dans les rues, les parcs et les stationnements, sur les berges du canal de Lachine et du lac Saint-Louis, se déploieront du 15 au 17 août une vingtaine d’œuvres amalgamant théâtre, arts visuels, danse, musique, cirque et performance.


 

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