Carrefour international de théâtre de Québec - Entre soi et l’autre

Ils sont deux. Un homme, une femme. Lui est canadien et il est policier. D’origine maghrébine, Maha était pédiatre dans son pays avant de tout quitter pour lui. Ils rêvaient d’une maison, d’un jardin, d’un pommier, d’une vie à deux douce et tranquille. C’était avant le 11-Septembre et l’insidieuse crainte de l’autre, avant que le doute qui naît dans le coeur de Mercier ne le transforme en délateur de la femme aimée. Créée en 2012, II (deux) de Mansel Robinson traite de ce qui soulève en soi l’irrévocable et l’irréparable quand le politique contamine l’intime, quand les préjugés enfouis, endormis, provoquent un réveil brutal et meurtrier.

On aurait voulu, au sortir de la pièce, sentir l’effondrement en soi, être plus que jamais ébranlé. Ce n’est malheureusement pas le cas. Malgré les lignes de force du texte, sa troublante et nécessaire actualité, on se prend à en remettre en question la structure, le procédé par entrecroisements et alternances, on en vient même à se demander si le texte n’aurait pas bénéficié d’être porté par la seule voix de Mercier. Rien à voir avec la qualité d’interprétation d’Elkhana Talbi (Queen Ka) qui offre une belle présence en scène. Puis on se tourne vers l’espace scénique, cette judicieuse et symbolique cage qui combine trois lieux, traversée par des éclairages particulièrement soignés et réussis.


Tout est là et, pourtant, on ne s’attache au récit et à l’interprétation qu’en de rares instants. Celui de la première rencontre entre Mercier et sa future épousée, celui de la boîte de nuit qui explose, blessant K., l’amant secret rencontré au hasard d’un voyage.


Vient le moment de conclure que c’est en soi que ça ne va pas, avant de comprendre que ce qui prend le pas sur tout le reste réside dans l’orchestration des mouvements sur scène, dans cette mise en place serrée, réglée au quart de tour, mais qui demeure trop visible. Nous ne sommes plus dans l’interprétation, mais soudain dans l’anticipation des gestes et des mouvements des comédiens. Réflexe involontaire, voici qu’on pressent les glissements d’éclairage, l’alternance du récit, le déplacement de la chaise, le moment où Dalpé se placera de dos, de côté, de face, celui où Tabi reprendra sa posture face au public.


II (deux) offre une belle facture scénographique, des tableaux parfaitement éclairés, un texte riche en potentiel et des interprètes de talent, mais on continue de chercher ce qui maintient les émotions et le chavirement à distance. Les attentes étaient-elles trop élevées ?