Carrefour de théâtre - Une tendresse nommée Finzi Pasca

En 1996, les fervents du Carrefour international de théâtre de Québec découvraient l’univers d’Icaro. Dix-sept ans plus tard, le souffle profondément humain de Daniele Finzi Pasca marque l’ouverture de l’édition 2013.

Aucun doute en ce soir de première, l’auguste blanc de Finzi Pasca crée un véritable pont entre soi et l’autre. D’abord par le prologue, où le clown s’adresse à la salle pour établir la genèse du spectacle, affronter gentiment les préjugés du public envers le théâtre participatif et abolir avec charme toute résistance. Le ton est désarmant, authentique, mais il y a bien jeu dans le jeu de l’acteur, dans sa façon délicate et bon enfant de replacer un pli du rideau, de cacher son visage entre ses mains, de s’emballer ou de marquer un petit pas de plus dans son avancée. Vient ce moment où il arpente la salle en quête de celui qui sera complice sur scène de ce désir de fuir le lieu clos de la chambre d’hôpital, de pouvoir par le rêve et l’imaginaire franchir tout obstacle, tout mur, toute porte freinant l’envol de soi. Ne nous méprenons pas, le prologue n’a pas pour seul but de divertir et d’enjôler. Il s’agit en fait de l’unique moment où Finzi Pasca joue pour la salle, le spectacle en soi, l’authentique quête d’Icaro, se situe entre lui et son compagnon de fortune.


Et c’est peut-être ce qui risque de nous échapper. Car Finzi Pasca ne joue pas pour la salle, mais bien pour celui qui accepte de jouer avec lui sur scène. Ainsi, les répliques qui se perdent ne représentent plus des failles ou des entraves, mais bien ce qui force le grand public à faire preuve d’une intelligence autre : celle du coeur, certes, mais celle qui fait appel à l’ellipse, à la lecture du corps et du geste, au désir légitime de lire entre les lignes. La finesse de Finzi Pasca réside dans cette façon qu’il a d’isoler le grand public à son insu, de le forcer à voir sur scène ce que nombre d’entre nous échouent à faire : briser l’isolement entre soi et l’autre. Son art est celui du dépouillement, de l’improvisation mesurée, de ce délicat équilibre entre le grave, le sensible, l’insensé, la cabriole de circonstance, la grâce et l’élégance du mouvement. C’est l’art désarmant de la rencontre, celui où l’autre n’est jamais son accessoire, son faire-valoir, mais bien celui à qui tendre la main.


Icaro remue toutes les ailes atrophiées, active le métronome du coeur, et fait des armoires scellées du monde entier un portail de lumière.


 

Collaboratrice

2 commentaires
  • Monique Girard - Abonnée 23 mai 2013 13 h 41

    Merci pour cet article!

    Merci Mme Nicolas pour cet article tout en douceur qui décrit bien l'atmosphère d'Icaro. Je suis allée voir hier soir cette pièce présentée dans le cadre du Carrefour et j'ai été émerveillée par cette oeuvre écrite et jouée par Daniele Finzi Pasca. C'est vrai que tout se passe entre lui et la personne choisie pour partager sa chambre d'hôpital et vivre avec lui le rêve de partir, de fuir, de voler. Le spectateur dans la salle est invité à regarder par le trou de la serrure. Il réussi à mon avis à nous entraîner, à nous transporter dans son univers imaginaire, magique et poétique. Ceci à tel point que je me surprenais à sourire et à simplement être heureuse. Après une telle soirée, je me dis que le noble métier d'artiste prend tout son sens! Quels beaux et intenses moments!

  • Emmanuelle Simony - Inscrite 23 mai 2013 15 h 44

    OUI, Merci !

    J'ai vu Icaro il y a une quinzaine d'années au moins, à l'usine C, à Montréal, et votre article réussit à mettre les mots justes sur des émotions encore vives en moi... Depuis, je suis les détours de Daniele Finzi Pasca, et je suis abonnée annuellement au théâtre. Mais c'est sa poésie et son âme que je cherche... Je conseille à tous, grands comme petits, d'aller voir cette pièce !