Théâtre - Du bonbon!

Le Petit Théâtre du Nord peut compter sur un solide quatuor de comédiens fondateurs, soudés par la complicité manifeste de ceux qui jouent depuis longtemps ensemble.
Photo: François Larivière Le Petit Théâtre du Nord peut compter sur un solide quatuor de comédiens fondateurs, soudés par la complicité manifeste de ceux qui jouent depuis longtemps ensemble.

La saison estivale s’est installée prématurément à La Licorne : les citadins ont l’occasion d’y découvrir le Petit Théâtre du Nord, l’une des valeurs établies du théâtre d’été régional, grâce à son mandat voué à la création québécoise. Et à un solide quatuor de comédiens fondateurs, soudés par la complicité manifeste de ceux qui jouent depuis longtemps ensemble.


Avec ce nouveau texte de François Archambault, on semble loin du cynisme dévastateur de La société des loisirs. Quoique cette gentille comédie s’appuie sur des observations judicieuses, situations que l’auteur fait déparer jusqu’à leur point extrême. Et que l’humour de situation ou absurde n’y exclut pas des teintes plus dramatiques.


Enfantillages recense le désarroi des adultes, ces grands gamins dépassés, devant leur rôle de parents, une fonction très compliquée dans notre monde parano et saturé d’informations. Des angoisses les plus bénignes (les poux !) aux cauchemardesques (le rapt d’enfant). Ses tableaux exposent le fossé séparant les idéaux des personnages de la réalité ; mais surtout, le décalage béant entre leurs prétentions et leurs comportements ou fantasmes réels. La pièce éclaire aussi, d’amusante façon, les chocs de valeurs ou de classes entre adultes n’ayant rien en commun, mais réunis par l’amitié de leurs chérubins.


Outre les deux charmants poèmes ouvrant et fermant la pièce, les sketches sont entrecoupés d’intermèdes : des monologues très directs, empreints de tendresse et de vérité, qui semblent inspirés de souvenirs d’enfance, chacun associé à un comédien.


Une distribution qui s’en donne à coeur joie, se multipliant avec polyvalence : Louise Cardinal, Mélanie St-Laurent, Sébastien Gauthier, dont le visage fermé communique toute la détresse d’un père éploré. Et Luc Bourgeois, qui sait jouer en virtuose d’un langage corporel et d’intonations vocales qui démentent ses répliques…


Coloré, ludique et mobile, l’environnement esthétique (une scéno de Geneviève Lizotte) est au diapason de la naïveté de cet univers grossi. La mise en scène assez inventive de Frédéric Blanchette impose une couleur cohésive, tout en légèreté et en énergie juvénile, à cette pièce fragmentée - mais qui tisse toutefois une continuité à travers des personnages récurrents.


Ce qui n’empêche pas les ruptures de ton. Ainsi, dans cet univers pastel, l’irruption de l’horreur devient d’autant plus choquante. Dans un conte à la Grimm, qui raconte les méfaits d’un ogre/prédateur tentant d’empêcher les enfants de grandir, l’emploi à contrepoint d’une mascotte rigolote apporte une touche troublante.


 

Collaboratrice