Petits Bonheurs en danger

Pierre Tremblay, directeur général et artistique de Petits bonheurs
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pierre Tremblay, directeur général et artistique de Petits bonheurs

Solidement implanté dans le quartier chaud d’Hochelaga-Maisonneuve, dans l’est de Montréal, Petits Bonheurs fait des heureux depuis presque dix ans. On aura vu défiler là, dans un quartier pourtant peu gâté, la crème du théâtre pour jeunes publics. Des dizaines de compagnies européennes et québécoises auront fait sentir aux enfants du coin et à leurs parents que le spectacle vivant est une façon concrète de changer le monde.

Le festival - créé par Pierre Larivière de la maison de la culture Maisonneuve et dirigé maintenant par Pierre Tremblay - est devenu au fil des ans la porte d’entrée du théâtre pour bébés au Québec. L’édition 2013, qui débute aujourd’hui, en est une illustration flagrante, puisqu’on y trouve six spectacles (sur 15) destinés aux tout petits de moins de deux ans.

Mais des nuages sombres se sont accumulés au-dessus de l’événement. On le dit même menacé de disparaître, victime du sous-financement…

Double mandat

 

Pierre Tremblay dit que la situation est critique. « La qualité des productions présentées au festival n’a jamais été remise en question, dit-il. La réponse du public est toujours aussi enthousiaste et nos salles affichent déjà complet pour plusieurs spectacles. Le problème n’est pas là, on le sait depuis longtemps. Il tient plutôt au financement du festival. »

Le festival roule, bon an mal an, sur un budget de 400 000 à 500 000 $… grâce surtout à la bonne volonté des partenaires et au nombre élevé de bénévoles. Mais on constate en regardant les éditions précédentes qu’il a déjà fallu réduire le nombre des spectacles : par rapport à l’an dernier, on est passé cette année de 24 à 15spectacles. Pourtant, si rien ne débloque au niveau du financement, comme le souligne le directeur général et artistique, Petits Bonheurs devra prendre des décisions douloureuses dès la fin du mois de mai.

 

Possibles ouvertures

À l’autre bout du fil, Pierre Tremblay choisit ses mots avec soin. « Nous sommes encore en discussion avec certains partenaires, précise-t-il. Il faut dire que ce ne sont pas tous les subventionneurs qui nous ont fait faux bond. L’arrondissement, par exemple, nous appuie à la hauteur de 50 000 $ en grattant ses fonds de tiroir. La Ville de Montréal nous aide aussi d’un autre 15 000 $ par l’entremise de son Bureau des festivals. Le Conseil des arts de Montréal vient de s’engager pour 10 000 $ par édition sur une période de deux ans. Et Patrimoine Canada a augmenté sa contribution cette année ; malgré le contexte difficile, elle se chiffre maintenant à 12 000 $… » Quand on additionne le tout, on est toujours bien loin du compte.

En fait, c’est la mince enveloppe que le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) consacre à Petits Bonheurs qui semble poser problème. Au téléphone, le directeur des communications du CALQ, Christian O’Leary, rappelle que le festival a reçu une subvention totale de 19 000 $ en 2012-2013 et que l’organisme a été évalué par un jury de pairs l’an dernier. « Le CALQ est conscient de la précarité financière du festival, et suit la situation de très près… N’oubliez pas que nous sommes d’abord là pour aider les organismes, pas pour leur nuire », conclut-il.

Sauf que, on le sait maintenant, la situation de Petits Bonheurs est « fragile », pour ne pas dire carrément dramatique. Même que l’on se dirige vers un déficit important (80 000 $) et qu’il faudra probablement, si rien ne change, procéder à des mises à pied ; celles des deux seuls permanents du festival.

 

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