Théâtre Denise-Pelletier: 50 ans à ouvrir les esprits

Le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, Pierre Rousseau (veston beige) entouré de quelques-uns des artisans de la saison 2013-2014 de l’institution.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier, Pierre Rousseau (veston beige) entouré de quelques-uns des artisans de la saison 2013-2014 de l’institution.

Le salut des arts vivants passe-t-il par l’éducation ? Le directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier (TDP), Pierre Rousseau, en est persuadé. Aux sirènes de la révolution numérique et de la fusion des arts, il oppose des institutions fortes et la souveraineté du texte, qui, en 50 ans, ne lui aura jamais fait défaut.

Au TDP, le principal défi est lié au lieu lui-même, dont les coûts n’ont eu de cesse de grimper sans que les subventions suivent le pas. « Tous les théâtres sont confrontés à cette question. Il faut penser à ceux qui vont suivre. On a la chance de pouvoir compter sur un parc solide et diversifié. Il faut assurer sa pérennité », plaide Pierre Rousseau, qui préside aussi Théâtre associés inc., une association qui rassemble neuf grandes institutions théâtrales à Québec et à Montréal. Ce dossier a été jugé prioritaire par le Conseil québécois du théâtre. Il fait également l’objet d’un examen au ministère de la Culture.


Quant au défi du renouvellement des publics qui taraude tout le milieu, il ne se pose pas avec la même acuité au TDP en raison de sa mission pédagogique affirmée. Le public d’aujourd’hui y a souvent connu ses premiers émois. Celui de demain est encore dans la salle. Ils sont 60 000 jeunes issus de 250 écoles à passer les portes du théâtre montréalais chaque année. Aussi allumés et gourmands qu’avant, assure celui qui est à la tête du TDP depuis 1995. « Les jeunes sont toujours disponibles quand ils sentent qu’on les respecte. »


Il faut dire qu’ils arrivent bien préparés. Depuis 1966, le TDP publie un outil pédagogique destiné aux enseignants, aussi maintenant offert en ligne. « La culture générale, on est en train de la diluer partout, y compris à l’école. Le TDP reste un phare dont la pertinence n’aura jamais été aussi grande, croit Pierre Rousseau. On place volontairement la barre très haute. Des professeurs nous trouvent trop ambitieux. Je crois qu’ils sous-estiment les jeunes d’aujourd’hui. »

 

Public idéal


Ceux-ci forment pourtant le public idéal, poursuit Pierre Rousseau. « Ils nous arrivent préparés, avides de comprendre, ouverts. Bien sûr, il y en a qui viennent à reculons. Ça a toujours été ainsi. On les voit dans le fond de la salle qui taponnent sur leur iPhone. Mais il y en a toujours parmi ceux-là qui finissent par se laisser prendre au jeu. »


Chaque fois, c’est une petite graine de plus semée dans les rangs des futurs consommateurs de culture, calcule M. Rousseau. « Une des choses qui fait peur avec les arts de la scène, c’est le fait d’en ignorer les codes. Ce n’est pas vrai qu’on va venir à bout de ça à 40 ans. C’est quand on est jeune qu’on ouvre ces portes-là. » C’est aussi ce que concluent plusieurs études, la plus récente étant celle de l’Association canadienne des organismes artistiques, qui montre que c’est la fréquentation de spectacles en bas âge qui demeure le principal facteur prédictif de l’intérêt futur pour les arts vivants.


Notons qu’en un demi-siècle, cinq millions de spectateurs auront chauffé les bancs du théâtre fondé par Gilles Pelletier, Françoise Graton et Georges Groulx (alors baptisé Nouvelle compagnie théâtrale). Son budget annuel atteint maintenant les trois millions de dollars, dont 1,3 en fonds publics.


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Une 50e saison éclectique

À la salle Denise-Pelletier

Zone : la pièce de Marcel Dubé, qui jouit d’une jeunesse éternelle, sera mise en scène de Jean Stéphane Roy.

Le Cid : l’œuvre de jeunesse de Corneille revient pour une troisième fois au TDP sous la houlette de Daniel Paquette.

Marie Tudor : Claude Poissant adapte et met en scène le drame de Victor Hugo, avec Julie Le Breton dans la peau de la reine d’Angleterre.

Commedia : une création signée Pierre-Yves Lemieux, partie intégrante du Cycle italien de l’Opsis, qui s’inspire de la vie et de l’œuvre de Carlo Goldoni.

À la salle Fred-Barry

Huit créations et une reprise sont à l’affiche. Parmi celles-là, le Britannicus Now de Marilyn Perreault, Prix Louise-LaHaye 2011 du CEAD, l’adaptation du célèbre roman de Jules Verne, Le tour du monde en 80 jours, par Frédéric Bélanger, celle du premier roman de Mathieu Arsenault, Album de finissants, porté par un chœur de jeunes du 5e secondaire et, bien sûr, les Zurbains, en guise de point d’orgue.

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