Liés par la parole

Pour cette 12e édition, placée sous le thème de ce qui nous lie à l’autre, Marcelle Dubois a demandé au metteur en scène et comédien Geoffrey Gaquère de l’assister à la direction artistique.
Photo: François Pesant - Le Devoir Pour cette 12e édition, placée sous le thème de ce qui nous lie à l’autre, Marcelle Dubois a demandé au metteur en scène et comédien Geoffrey Gaquère de l’assister à la direction artistique.

Tout en restant fidèle à l’impulsion de départ (intéresser le public et le milieu aux textes dramatiques de la relève), l’équipe du Jamais lu souhaite maintenant créer une semaine où l’écriture théâtrale « explose, explore, fouille, cherche et rallie ». Pour cette 12e édition, sur le thème de ce qui nous lie à l’autre, Marcelle Dubois a demandé au metteur en scène et comédien Geoffrey Gaquère de l’assister dans sa tâche. « J’estime qu’une direction artistique doit être assez ouverte pour partager son terrain de jeu, dit-elle. C’est une façon de demeurer vivant, actuel et surtout à l’écoute de son temps. »


Cette année, 11 événements réunissent 44 auteurs. « Je crois au caractère festif de ce rassemblement, lance Gaquère. Je crois à la liberté totale qui est offerte aux créateurs. Je crois à la pertinence d’un festival qui, en plus d’avoir trouvé son public au fil des années, a été capable, avec d’autres fous de son espèce, de se doter d’un lieu qui lui appartient. Cette 12e édition sera plus que jamais l’occasion d’aller vers l’autre, de courir à lui en se délestant du poids des différences, autrement dit de débattre avec l’autre et de l’aimer. »


Vivre en société


La programmation est en effet marquée par le désir d’entrer en communication avec l’autre, la soif de mettre en relief les similitudes et les contrastes qui donnent un sens à notre vie en société. Ainsi, Lisa L’Heureux fait entendre Rêvé pour l’hiver, « un chassé-croisé de trois vies à différentes époques ». Olivier Sylvestre nous entraîne dans un monde où tout est à reconstruire avec Les étoiles apparaissent. Mathieu Handfield donne « une fable absurde et hilarante sur l’apathie ambiante » intitulée Le voleur de membres. Sébastien Harrisson traite de la relation qui unit l’artiste et le public dans La cantate intérieure. Finalement, Benoit Drouin-Germain et Emmanuel Schwartz abordent avec The Weight, et non sans puiser dans les codes du genre fantastique, la délicate question des deux solitudes.


Dans le volet du festival consacré aux jeunes publics, Marilyn Perreault fera entendre Entre A et C il y a B, une histoire de famille recomposée dans laquelle les dinosaures du défunt Madrid font une apparition remarquée. Avec Le quartier, les élèves de 6e année de l’école Saint-Grégoire-Le-Grand, dans Villeray, souhaitent rendre compte d’une ville en pleine mutation culturelle. Dans un texte intitulé Le jeu, Cédryck Lessard, lauréat de L’Égrégore, un concours organisé par le RIASQ, « embrasse une large quête identitaire propre aux jeunes adultes ».


Quatre soirées hors normes


Cette 12e édition est riche en événements spéciaux. En effet, quatre soirées sortent pour ainsi dire du cadre traditionnel de la lecture publique. La soirée d’ouverture, confiée à Olivier Choinière, est intitulée 26 lettres : l’abécédaire des mots en perte de sens. « Durant le printemps érable, explique l’auteur et polémiste, le pouvoir en place a eu tendance à utiliser les mots à contresens, à les galvauder presque systématiquement. C’est ce qui m’a donné l’idée d’inviter 26 auteurs à livrer sous la forme d’une lettre le fruit de leurs réflexions à partir d’un mot, mais surtout à restaurer ce mot, à le refonder, ou encore, pourquoi pas, à le tuer. » Parmi ceux qui ont accepté de se prêter à l’exercice, nommons Rébecca Deraspe, Christian Lapointe, Anne-Marie Olivier et Larry Tremblay.


Pour Le dénominateur commun, Geoffrey Gaquère a fait appel à François Archambault, Emanuelle Jimenez et Isabelle Leblanc. Afin de trouver des réponses aux questions existentielles (qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ?), le quatuor a rencontré une théologienne, un physicien, un psychologue et un généticien. On parle ici d’un franc croisement entre l’art et l’humanisme. Pascal Brullemans et Talia Hallmona préparent quant à eux une lecture-méchoui. Autour de l’agneau fumant, mais aussi des feuilles de vigne farcies et du houmous, on lira Moi et l’autre, une pièce sur la cohabitation pas toujours aisée des identités égyptienne, canadienne et québécoise. Tout un menu !


Pour clore le festival, on a choisi d’inviter La Coopérative d’écriture, un collectif français dont font notamment partie Marion Aubert, Rémi de Vos et Pauline Sales, à tenir son Bal littéraire. La soirée franco-québécoise, à laquelle Simon Boulerice et Évelyne de la Chenelière prendront également part, offrira des mots neufs, des airs connus et des déhanchements bien sentis.