Hommage à Jean-Pierre Ronfard - Une carrière touffue

Cette chronologie ne prétend pas être exhaustive et souligne plutôt ce qui nous apparaît être des jalons ou des repères importants de la carrière touffue de Jean-Pierre Ronfard. Les informations et les citations qu'elle contient sont en partie tirées du livre de Robert Lévesque, Entretiens avec Jean-Pierre Ronfard, suivis de La Leçon de musique 1644, Liber, collection «De Vive voix», Montréal, 1993.

1929: Jean-Pierre Ronfard naît en France, près de la frontière belge, à Thivencelles, «une petite ville très laide».

1943: il assiste à sa première représentation théâtrale marquante, L'École des femmes, de Molière, donnée par Les Tournées Casadessus, une troupe itinérante. Il trouve la pièce «particulièrement érotique»...

1944: il se joint aux Compagnons de la joie, une troupe d'amateurs, «un peu scout», basée à Douai, tournant dans la région. Il s'y initiera au jeu et y réalisera ses premières mises en scène.

1947: étudiant en philologie à l'Université de Lille, où il obtiendra une licence ès lettres et un diplôme d'études supérieures. Il traduit sa première pièce, Le câble, de Plaute, qu'il met en scène avec Les Compagnons de la joie.

1951-52: service militaire, où il «rigole beaucoup». Il passe six mois à Saumur et six mois en Allemagne.

1953-54: tournée en Algérie avec la troupe l'Équipe théâtrale, à raison de 150 représentations par année. Il rencontre Marie Cardinal, à Alger. Elle et Ronfard se marient et ont un premier enfant (Benoît).

1955-56: il réussit l'agrégation de grammaire. Lui et Marie Cardinal, agrégée de philosophie, enseignent au lycée français de Thessalonique, en Grèce. Ronfard fonde une nouvelle troupe pour jouer Molière. Naissance du second enfant du couple (Alice), qui en aura un troisième (Bénédicte).

1957-59: il enseigne à Lisbonne, puis à Vienne. Encore une fois, Ronfard met sur pied des troupes amateurs pour jouer des classiques français.

1960: il devient le premier directeur de la section française de la nouvelle École nationale de théâtre du Canada, alors sous la direction générale de Jean Gascon, cofondateur du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), et le demeure quatre ans.

1961: première mise en scène au Québec, Oreste ou Les Choéphores, d'Eschyle, au TNM. Il traduit lui-même la pièce. Il dirige Monique Mercure, Jean-Louis Millette et Kim Yarochevskaya.

1962: il monte L'Opéra de quat'sous à l'Orphéum et Ubu Roi, de Jarry, à l'Égrégore, où il dirigera ensuite Le roi se meurt, de Ionesco.

1964-1967: va-et-vient entre la France et le Québec. Il travaille à l'Institut national d'éducation populaire. Il organise une tournée théâtrale en Afrique. Il revient à Montréal pour y monter Corneille, au Monument-National.

1968: il passe mai 1968 et l'été suivant en manifestations de toutes sortes. Pour lui, Mai-68 aura représenté «un événement théâtral à la dimension de toute une population, avec des déclarations extraordinaires, avec des gestes, avec un envahissement de statues, une débauche de surréalisme barbare».

1969: il s'installe à Montréal «pour de bon».

1970: il devient secrétaire général du Théâtre du Nouveau Monde, à l'invitation de son cofondateur et directeur, Jean-Louis Roux. Il va y rester deux ans et monter des spectacles variés, Macbett, Les Chaises, Le Misanthrope, Médée, Peer Gynt, etc.

1972: il crée Les Oranges sont vertes, de Claude Gauvreau, au TNM. La nudité de la scène finale et le langage salé de la pièce font scandale. «C'est une pièce qui appartient au théâtre universel, et il faudra un jour qu'à l'étranger on découvre Gauvreau.» Avec des étudiants des conservatoires de théâtre, il va ensuite monter plusieurs autres textes du poète-dramaturge.

1972-1973: il quitte le TNM, avec le sentiment que la maison ne sait plus définir son rôle «dans une période où la bombe Tremblay était apparue, et où d'autres bombes, politiques celles-là, sautaient.»

1975: il fonde le Théâtre expérimental de Montréal avec Robert Gravel et Pol Pelletier. Dans cette commune de production, «tout le monde fait tout et s'occupe de tout». Le Théâtre expérimental des femmes, le Nouveau Théâtre expérimental et la Ligue nationale d'improvisation vont sortir de cette aventure en moins de quatre ans. «Le NTE a été une chose très importante dans ma vie. C'est une étape qui correspond, à la fois, à la découverte d'une liberté immense et à une organisation rationnelle de ma propre vie.»

1978: il crée Ha! Ha!, de Réjean Ducharme, au TNM, avec Sophie Clément, Jocelyne Goyette, Gilles Renaud et Robert Gravel. «Quand j'ai lu le manuscrit, j'ai été frappé au ventre. Mais alors là, beaucoup plus que pour Les Oranges sont vertes, ça m'a fait peur.»

1979: Fondation du Nouveau Théâtre expérimental, qui s'installe deux ans plus tard à l'Espace libre, rue Fullum, dans l'est de Montréal, un lieu où se produisent aussi Carbone 14 et Omnibus. Ronfard écrit le texte «Contre le théâtre pour», dans lequel il dénonce la démagogie théâtrale.

1981-1982: il crée le cycle festif et épique Vie et mort du roi boiteux, «une contestation profonde qui remet en question beaucoup de choses: le jeu, l'écriture, l'architecture des théâtres, la relation à l'espace, le rapport avec le public, le temps...»

1982: il écrit La Mandragore, présenté au TNM.

1985: son Don Quichotte est monté au Trident, de Québec.

1987: il écrit Mao-tsé-toung ou Soirée musique au consulat, donné au NTE.

1988: il dirige à nouveau Le roi se meurt, de Ionesco, au TNM.

1991: il monte encore une fois Peer Gynt, de Ibsen, au TNM.

1992: il monte un précis d'histoire du théâtre en 114 minutes au NTE.

1999: il reçoit le prix Denise-Pelletier, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine des arts de la scène.

2001: décès de son épouse.

2002: il joue dans le film de Manon Briand, La Turblence des fluides. Davantage pédagogue, auteur et metteur en scène que comédien, il a aussi été vu sur scène dans Les Troyennes (mise en scène de sa fille Alice Ronfard, dans une traduction de Marie Cardinal), Matines: Sade au petit-déjeuner et, plus récemment, Hitler, une pièce écrite en collaboration avec Alexis Martin, nouveau codirecteur du NTE depuis le décès de Robert Gravel.

2003: il met en scène sa dernière pièce, Îdipe à Colone, de Sophocle, dans une ultime adaptation de Marie Cardinal, à l'Espace Go. La pièce est toujours à l'affiche.