Des diamants dans la gravelle

Simon Boulerice puise dans ses souvenirs d’enfance pour aborder une réalité de l’ombre, la pauvreté, ou plutôt la perception parfois altérée qu’en ont les enfants.
Photo: Robert Etcheverry Simon Boulerice puise dans ses souvenirs d’enfance pour aborder une réalité de l’ombre, la pauvreté, ou plutôt la perception parfois altérée qu’en ont les enfants.

Dans Les mains dans la gravelle, Simon Boulerice renoue avec la forme qui l’a révélé au grand public : un solo qu’il écrit, joue et danse lui-même, mais cette fois destiné au public de 7 à 10 ans.

Cette hybridité si fidèle à l’esprit Boulerice était un prérequis pour le metteur en scène Serge Marois du théâtre de L’Arrière-Scène, qui a pris le boulimique auteur sous son aile - en résidence - depuis quelques années et lui a commandé ce troisième texte de théâtre jeunesse.


Le comédien-danseur incarne les trois personnages de la pièce - Fred Gravel, chercheur de diamant dans la gravelle de sa petite cour d’appartement, « petite brute avec un grand fond de poésie », résume-t-il ; sa mère monoparentale et Agathe, fillette qui vit dans la maison d’en face avec une cour asphaltée. Boulerice puise à nouveau dans ses souvenirs d’enfance pour aborder une réalité de l’ombre, la pauvreté, ou plutôt la perception parfois altérée qu’en ont les enfants.


« J’avais surtout envie de parler de la perception de la pauvreté : quand on est enfant, on a souvent un regard biaisé sur les choses », dit celui qui, petit, se croyait riche avec sa maison et sa cour asphaltée, alors qu’« Isabelle vivait dans un logement avec sa mère avec une cour de gravelle que j’ai associée à la pauvreté. J’avais envie de rétablir la justice, alors j’ai inversé l’histoire ». À travers ce récit se tisse une histoire d’amour entre les deux enfants.


Van Gogh et le gumboot


La pièce est truffée de références à l’art, essentiel et gage d’émancipation pour l’auteur, qui s’est révélé à lui-même par l’écriture, le jeu et la danse. « L’art m’a fait beaucoup de bien quand j’étais petit parce qu’on me donnait peu la parole », dit celui qui a aussi signé quatre romans et un recueil de poésie primé.


Ici, son personnage de Fred se présente d’emblée comme un artiste remontant le cours de sa vie jusqu’à ses dix ans, au milieu d’une petite installation d’art visuel faite d’objets du quotidien.


Le simple fait de livrer les trois voix de ce solo qu’il a lui-même écrit est une forme d’hommage à la création, selon lui. « J’ai voulu montrer aux enfants qu’on peut faire de l’art à partir de presque rien, que même avec des objets pauvres, on peut se sortir d’une petite misère. »


Et il y a aussi la danse, que l’artiste a longtemps secrètement étudiée, pratiquée et aimée avant de le révéler au grand jour dans Simon a toujours aimé danser en 2006. Il a choisi la claquette - Fred renvoie à Fred Astaire, célèbre tapdancer - et le gumboot. « J’avais envie d’aller vers une danse plus près du sol, des danses telluriques que j’ai imbriquées dans la dramaturgie. »


Un tableau de Van Gogh, aussi, surgit au début et à la fin du mono(dia)logue.


« Il y a une phrase de Vincent Van Gogh qui synthétise l’idée que j’ai envie de dire aux enfants : “Trouve beau tout ce que tu peux.” C’est une idée simple, un peu galvaudée, mais qui est tellement vraie. La beauté dans les yeux de la personne qui regarde. » Peu importe son statut social…

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