Le TNM veut abattre les barrières

Les comédiens Rémy Girard, Macha Limonchik et Renaud Lacelle-Bourdon entourant la directrice générale et artistique du TNM Lorraine Pintal lors du lancement de la saison 2013-2014.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les comédiens Rémy Girard, Macha Limonchik et Renaud Lacelle-Bourdon entourant la directrice générale et artistique du TNM Lorraine Pintal lors du lancement de la saison 2013-2014.

Cirque, création multimédia, arts visuels, musique, le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) intensifie son exploration des arts vivants au moyen d’une fusion qui tient autant de l’élan créateur que de la nécessité. « La société est en mutation, les publics changent, nous entendons le signal d’alarme », assure la directrice artistique et générale de l’institution montréalaise, Lorraine Pintal.


Les changements qui se produisent dans la société se font à une vitesse folle, explique la directrice du TNM, rencontrée lundi peu avant le lancement de sa saison 2013-2014. À commencer par le numérique « qui bouscule les arts de la scène et force leur transformation à la vitesse grand V. C’est une vraie révolution qui est en cours et nous voulons en être », insiste Lorraine Pintal pour qui la question du renouvellement des publics n’a jamais été aussi criante.


À ce propos, le récent cri du coeur de la nouvelle présidente du Conseil québécois du théâtre, Dominique Leduc, est venu porter sur la place publique des questionnements bien réels, au TNM comme ailleurs, estime Mme Pintal. « Nous essayons de faire le moins de compromis possible, mais il est vrai que nos moyens vont en s’amenuisant. »


D’autant qu’au désengagement croissant de l’État, s’ajoute une grisaille économique qui s’étire douloureusement, note la directrice du TNM. « On voit bien que la capacité est réduite, la situation est d’autant plus difficile que l’offre n’a jamais été aussi boulimique. » Sans oublier l’effritement des valeurs qui ne se dément pas. « Il faut le dire, la nécessité de la culture n’est plus évidence. On a reculé sur tellement de plans dans les dernières années : sur l’éducation, sur l’accessibilité, sur notre tolérance au risque. »


Qu’à cela ne tienne, le TNM refuse de croire à la mort prochaine du texte dramatique. « Les arts vivants portent en eux la possibilité de se transformer. Il faut vivre ces changements avec la société », croit Lorraine Pintal. Il faut aussi que le milieu théâtral se serre les coudes. « On ne peut plus travailler en silos. Il faut être solidaires. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on compte de plus en plus de coproductions y compris dans les grandes institutions. »


Volonté d’ouverture


La prochaine saison qu’elle a concoctée témoigne de cette volonté d’ouverture tous azimuts avec, en entrée, cet intrigant Murmure du coquelicot, un objet mi-théâtre mi-cirque tricoté serré avec la compagnie Les sept doigts de la main.


La pièce Icare, qui marque l’entrée au TNM du talentueux dramaturge Olivier Kemeid, en duo avec les artistes du multimédia Michel Lemieux et Victor Pilon, les magiciens du virtuel derrière La belle et la bête, participe du même élan. Idem pour la recréation des Aiguilles et l’opium, produite par Ex Machina, ou Albertine en cinq temps, coproduite avec Le Trident.


Quant aux thèmes retenus, ils sont collés sur les questionnements présents. « Icare est un personnage moderne dans sa quête d’absolu, comme dans l’ambition démesurée de son père », note Mme Pintal. Quant au Balcon de Jean Genet, portrait d’une société en révolution et en pertes de repères,le texte a des allures prophétiques en ces temps troublés. « Il y a longtemps que René Richard Cyr voulait monter cette pièce, mais je résistais. […] Il a fini par me convaincre et, avec tout ce qui se passe ici comme dans le monde, la pièce ne pouvait tomber à un meilleur moment. »


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Une saison sous le signe de la fusion

Le murmure du coquelicot. Carte blanche à la compagnie circassienne Les 7 doigts de la main qui a imaginé l’histoire d’un comédien emporté par un délire en audition. Avec Rémy Girard, Pascale Montpetit et six acrobates.

Le Balcon. Un grand texte de Jean Genet mis en scène par René Richard Cyr, avec en son centre Marie-Thérèse Fortin, qui incarne Madame Irma, la tenancière d’un bordel où l’illusion est maîtresse.

Icare. Le nouveau spectacle virtuel de Michel Lemieux et Victor Pilon, porté par les mots d’Olivier Kemeid. Renaud Lacelle-Bourdon incarne Icare tandis que Gilles Renaud prend les traits de son père, Dédale.

Albertine en cinq temps.
La pièce de Michel Tremblay fête ses 30 ans. Lorraine Pintal la revisite avec entre autres Monique Miller, Émilie Bibeau et Marie Tifo.

Les aiguilles et l’opium. Robert Lepage revisite son solo, tant au texte qu’à la mise en scène, toujours avec le complice Marc Labrèche sur les planches.

Cyrano de Bergerac. L’été échoit cette année à l’auteur Edmond Rostand revisité par Serge Denoncourt. C’est Patrice Robitaille qui incarnera le rôle mythique.

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