Jamais lu: à la rencontre de l’Autre


	Les codirecteurs artistiques Marcelle Dubois et Geoffrey Gaquère
Photo: François Pesant - Le Devoir
Les codirecteurs artistiques Marcelle Dubois et Geoffrey Gaquère

Les organisateurs du Festival du Jamais lu ont dévoilé mercredi la programmation de sa 12e édition, qui se tiendra au théâtre Aux Écuries du 3 au 10 mai. « Les auteurs sont des vecteurs de sens. Ils en appellent au désir d’avancer. Ils sont là, réunis, liés à vous par leur parole », affirment d’un même souffle les codirecteurs artistiques Marcelle Dubois et Geoffrey Gaquère, révélant du coup à quelle enseigne logera cette année cet événement phare de la scène théâtrale émergente : celle de l’Autre, celui que l’on découvre, celui vers qui l’on va.

« L’an dernier, les textes reçus témoignaient du printemps érable et de la colère ambiante, relate Marcelle Dubois, la fondatrice du Jamais lu. On sentait que les auteurs étaient habités par des revendications, voire par du cynisme. Presque même de la violence. Il y avait une charge. »
 
« À l’inverse, cette année, on sent davantage une vision humaniste : qu’est-ce qui nous lie à l’autre ? Qu’est-ce qui fait que notre société peut avancer ? Comment on peut, nous citoyens, faire en sorte que le monde s’améliore ? C’est très étonnant, ce changement de ton opéré en un an. Ça illustre bien, selon moi, cette idée que les auteurs sont des capteurs, qu’ils parviennent à mettre en forme l’air du temps. »
 
Ainsi, 2013 ne marque pas tant un retour à la sérénité qu’un retour à l’ouverture et au questionnement, par opposition à un repli douloureux et à une certaine hargne. « Quarante-quatre auteurs dont les œuvres se déclinent sur huit jours, ça permet le 
recul nécessaire à ce genre de constat », souligne Marcelle Dubois.
 
Deux têtes valent mieux qu’une

Ce « désir d’ouverture à l’autre » est perceptible jusque dans la direction artistique du Jamais lu, qui rend compte de la collaboration de deux codirecteurs, Marcelle Dubois et Geoffrey Gaquère. La première est à l’origine de ce modèle singulier. « Ce concept est parti d’une nécessité, l’an dernier. J’étais enceinte et je devais accoucher trois semaines avant le festival. J’avais donc besoin d’aide, mais je ne voulais pas non plus que la personne choisie fasse de la figuration. Je voulais un vrai collaborateur qui défendrait des idées parce que Jamais lu est un espace de sens, et ces espaces-là sont rares. Jean-François Nadeau [des Zapartistes] s’est joint à moi, et ç’a donné une édition complètement différente, très colorée par sa présence. »
 
« J’ai adoré travailler à deux, poursuit Marcelle Dubois. J’ai aussi réalisé que c’était important d’offrir cette vitrine à un artiste qui possède une certaine feuille de route et qui a une vision de ce que devrait être le développement de la dramaturgie contemporaine. »
 
Entre en scène le comédien Geoffrey Gaquère pour ce cru-ci. « Geoffrey est très axé sur l’expérience humaine. Il met en question les fondements de l’humain, ses mécanismes psychiques, émotifs. Ça donne une édition fortement teintée par les préoccupations de Geoffrey, par sa sensibilité. »

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Du jamais vu au Jamais lu

Moi et l’autre, de Pascal Brullemans et Talia Hallmona, revient sur le désir de cette dernière de se fondre complètement dans le Québec pur laine dans la foulée de l’arrivée de sa famille égyptienne dans cette « province souverainiste francophone ». Dans la vraie vie, l’auteure y est arrivée à un point tel qu’elle en est subséquemment venue à se demander si elle n’avait pas forcé la note un brin. Histoire d’illustrer cette dualité culturelle intime, la lecture de Moi et l’autre se déroulera sur fond de méchoui traditionnel égyptien, avec la mère de Talia Hallmona qui préparera des dolmas pour tout le monde ! (vendredi 9 mai à 19 h)
 
The Weight, de Benoît Drouin-Germain et Emmanuel Schwartz, raconte l’histoire hautement fantaisiste de deux fiancés, lui anglophone, elle francophone, qui, le matin de leurs noces, décident de procéder à un déballage intégral. En mettant leurs différences sur la table, le poids est tel que le plancher de la cuisine cède sous leurs pieds. Et voilà les amoureux à la dérive sur leur table-radeau, de l’autre côté du monde, sur l’océan Indien. Métaphore du contraste qui divise, détruit, puis qui, ultimement, enrichit au moyen du trait d’union, The Weight revêt une dimension personnelle pour Emmanuel Schwartz (inoubliable dans Laurentie), qui est le fruit d’une telle union 
(mercredi 8 mai à 20 h).

On est intrigué par la proposition de Cédryck Lessard, gagnant de L’Égrégore, concours organisé par le Réseau intercollégial des activités socioculturelles du Québec (RIASQ). Activité volontiers associée au groupe, ou du moins à un autre, cet Autre, justement, le jeu est au centre de la pièce du même nom. La toujours formidable Sandrine Bisson (1981) sera de la mise en lecture. « Le mot “ jouer ” ressemble à des tas de mots. Il ressemble à jouir, il ressemble à joie. […] Jeu d’acteurs, jeu d’ombres et de lumières… On peut choisir de jouer le jeu, ou non. » On veut en savoir plus 
(mercredi 8 mai à 17 h).

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